Millau est devenue mondialement célèbre. Cette petite ville du midi de la France a donné son nom au viaduc qui enjambe désormais la vallée du Tarn. L'ouvrage était indispensable pour achever l'autoroute A 75 reliant Clermont-Ferrand et Béziers. Ce sera désormais le chemin le plus court entre Bruxelles et les destinations touristiques du midi, pour autant que l'on se résigne à passer par Paris.L'entreprise Greisch, bureau d'études installé au Sart Tilman, à Liège, a contribué à l'édification de ce viaduc qui truste les records mondiaux (lire ci-contre). «Au début, nous pensions que c'était une affaire tellement franco-française qu'il n'aurait servi à rien de nous y impliquer», raconte Jean-Marie Cremer, directeur général de Greisch. Mais fin 1999, il est consulté par les Français pour réaliser une étude de faisabilité. «Nous avons proposé la constitution d'un tablier de pont en acier, qui serait placé par lançage, explique le patron de Greisch. Cette technique consiste à soulever le tablier du pont et à l'avancer de quelques centimètres avant de le reposer.» Et ce, sur une longueur de... 2 kilomètres et demi! «Eiffel, une entreprise de construction métallique appartenant au groupe Eiffage, est le seul entrepreneur à avoir cru au projet», explique Jean-Marie Cremer. À raison car Eiffage remporta le concours, bénéficiant ainsi de la mise en concession de l'Etat français.Greisch s'attela immédiatement aux études d'exécution du projet retenu. «S'agissant d'un ouvrage exceptionnel, les calculs furent exceptionnellement difficiles à effectuer», avoue le patron du bureau d'études qui a évalué la résistance des matériaux, le comportement de l'ouvrage, ses dimensions, etc. «Il a fallu fournir un gros effort dans un laps de temps très réduit. En tout, 80000 heures de travail furent nécessaires. A un moment, plus de trente personnes y étaient affectées.» Mais cet investissement humain et financier n'est pas sans résultat. «Décrocher un tel contrat est bénéfique pour notre carnet de commandes, dit Jean-Marie Cremer. Nous y gagnons également sur le plan de l'image de marque.»

«Les petits chantiers aussi!»

Cependant, l'administrateur-délégué de Greisch concède qu'il y a un revers à la médaille:

«Notre notoriété pour un ouvrage de cette taille fait penser aux clients potentiels plus modestes que nous ne traitons pas des «petits» problèmes. Or, nous travaillons aussi dans le bâtiment, par exemple. Les chantiers pour lesquels nous fournissons des études peuvent aussi bien peser 330000 euros que 33 ou 330 millions d'euros, comme celui du viaduc de Millau.» Autre désavantage de la participation à ce chantier «monstrueux»: «Il y a beaucoup de prise de risque, précise le chef de Greisch. Nous avons dû nous couvrir en assurances et, finalement, ce n'est pas très rémunérateur.» Au fait, quel sont les gains récoltés par Greisch? «Je ne cite pas de montant car, en ce moment, nous menons de difficiles négociations avec le groupe Eiffage. Nous avons eu beaucoup plus de travail que prévu. Or, tout travail mérite salaire.» Y a-t-il un risque de se brouiller avec l'entrepreneur français? «Pas du tout: cette négociation est ardue mais normale. Nous finirons par nous entendre, entre gens civilisés.» Et le patron de Greisch d'espérer à l'avenir une nouvelle collaboration avec Eiffage, le viaduc de Millau constituant «la réussite d'une prouesse technologique.»

Webhttp://www.greisch.com

© La Libre Belgique 2004