La plateforme de livraison alimentaire Deliveroo fait face dans les prochains jours à une série de mouvements sociaux dans le monde de la part de ses livreurs mécontents de leurs conditions de travail, à quelques jours de son entrée en Bourse à Londres.

Cette opération boursière très attendue, souvent l'occasion pour une entreprise de se montrer sous son meilleur jour, relance le débat sur les conditions de travail des livreurs de l'application dont la popularité a grandi avec la pandémie.

Au Royaume-Uni, où Deliveroo a son siège, un groupe de livreurs non affiliés à un syndicat a appelé à une grève pour dimanche.

D'autres livreurs, membre de l'IWGB, le syndicat des travailleurs indépendants britanniques, ont voté eux pour une action le 7 avril, jour de l'introduction en Bourse pour les petits porteurs, une semaine après le début officiel de la cotation réservée dans un premier temps aux investisseurs institutionnels.

Ils demanderont une rémunération juste et des droits sociaux élémentaires, selon l'IWGB.

"Deliveroo leur laisse peu de choix"

"Deliveroo leur laisse peu de choix, en les soumettant à la précarité tout en refusant de dialoguer avec leur syndicat", explique Henry Chango-Lopez, son secrétaire général.

En France, en lien avec la Fédération Internationale des Travailleurs du transport (ITF), la Fédération des Transports CGT appelle à la mobilisation vendredi, avec un appel à la grève prévu notamment à Bordeaux, Toulouse et Lyon.

Les livreurs se mobiliseront en lien avec le réseau international Rights4Riders ("Des droits pour les livreurs") et les organisations de livreurs dans les différents pays où la plateforme est implantée. Un mouvement est par exemple prévu à Syndey en Australie.

Le syndicat IWGB publie jeudi une étude d'un consortium de journalistes, Bureau of Investigative Journalism, montrant que les livreurs sont bien moins payés que ce que prétend la société.

Selon Deliveroo, les livreurs reçoivent plus de 10 livres de l'heure en moyenne au Royaume-Uni, mais une analyse de milliers de documents montrent que la moitié d'entre eux touchent bien moins, et sont souvent payés en dessous du salaire minimum qui est de 8,72 livres.

L'étude cite même le cas d'un livreur dans le Yorkshire (nord de l'Angleterre), qui a travaillé 180 heures et a touché l'équivalent de 2 livres par heure.

Pratiques sociales douteuses

"Deliveroo nuit à la réputation du Royaume-Uni. Plus que jamais, les investisseurs potentiels doivent être conscients des sérieux risques liés à Deliveroo", souligne M. Chango-Lopez.

Plusieurs poids lourds de la finance comme les géants de la gestion d'actifs Aberdeen Standard et Aviva Investors, ont déjà dit qu'ils ne souhaitaient pas investir dans Deliveroo en raison de ses pratiques sociales. "Beaucoup d'employeurs pourraient changer énormément la donne pour la vie des travailleurs s'ils garantissaient des heures de travail ou un salaire minimum", a déclaré mercredi sur la radio BBC 4 David Cumming, un responsable d'Aviva Investors.

Mais il s'agit pour eux également d'un calcul financier, puisque l'action de la société pourrait devenir moins attractive à l'avenir si jamais Deliveroo devait reconnaître davantage de droits à ses livreurs.

C'est ce qui vient d'arriver au géant américain de réservation de voitures Uber qui a été obligé de reconnaître au Royaume-Uni le statut de "worker" ou travailleur salarié, à ses chauffeurs après une décision de la Cour suprême britannique.

112 millions de livres pour faire face aux litiges

Deliveroo a pour sa part mis de côté 112 millions de livres pour faire face à des litiges en Europe, selon son document boursier. Au Royaume-Uni, les livreurs attendent la décision de la Cour d'appel de Londres qui doit dire s'ils peuvent bénéficier d'une convention collective afin d'avoir de meilleures conditions de travail.

Dans une déclaration transmise jeudi à l'AFP, la société explique que ses livreurs "sont des travailleurs indépendants parce que cela leur donne la liberté de choisir quand et où il travaille", ajoutant être "confiant" dans son modèle d'activité.

Côté financier, elle assure qu'"il y a un fort intérêt des investisseurs" pour son introduction en Bourse.

Deliveroo, qui compte parmi ses actionnaires Amazon, vise une capitalisation boursière entre 7,6 et 8,8 milliards de livres pour ce qui devrait être l'opération la plus importante sur le marché londonien depuis près de dix ans. La société, créée à Londres en 2013, travaille avec 115.000 restaurants dans 800 villes dans le monde et compte quelque 100.000 livreurs, reconnaissables aux imposants sacs à dos verts qu'ils portent en sillonnant les rues à vélo.