C'est du jamais vu en Belgique!» Roger Van Vlasselaer, permanent syndical SETCa à Louvain qui suit le groupe InBev (ex-Interbrew) depuis plus de 15 ans, n'en revient pas. «Le plan social concernant la restructuration du quartier général d'InBev (45 pertes d'emplois sur 400, NdlR) était presque finalisé. Et tout d'un coup, jeudi, sans attendre la conclusion d'un accord sur le plan d'accompagnement social, la direction a commencé à prévenir individuellement les personnes concernées par les licenciements. Nous avons dès lors rompu les négociations sociales et demandé l'intervention d'un conciliateur social», explique-t-il. «Nous négocions pour tout le monde le meilleur plan social possible. Mais quand les noms sont connus, cela fausse les négociations.»

Du côté de la direction, on justifie cette attitude par le fait que le personnel vit dans l'incertitude depuis deux mois. «InBev voulait, par respect des gens, avertir les personnes concernées», précise Marianne Amssoms, la porte-parole d'InBev.

Pour Roger Van Vlasselaer (SETCa), cette façon de faire illustre le virage social pris par InBev depuis sa fusion avec les Brésiliens d'AmBev. «Avant Interbrew était une entreprise vraiment sociale. On pouvait y négocier des solutions acceptables. A présent, le management utilise des méthodes purement capitalistes très anglo-saxonnes. Il n'y a plus de respect des gens», soupire-t-il. Et de pointer particulièrement du doigt le nouveau responsable des ressources humaines, Peter Vrijsen, un Néerlandais débauché par InBev il y a deux ans: «Il méprise les syndicats, il ne négocie pas avec nous et laisse à ses collaborateurs le soin de faire le sale boulot.»

Même sentiment à Jupille, où est installée l'une des deux plus grandes brasseries d'InBev en Belgique. «Il y a une évolution en termes de communication. Le pouvoir est centralisé au sommet, il est très difficile de joindre les responsables», abonde Serge Demeuse, son collègue du SETCa à Liège.

D'autres actions en vue?

Pour exprimer leur désapprobation par rapport à cette nouvelle donne sociale, les syndicats d'InBev ont appelé leurs affiliés à manifester devant le quartier général, ce vendredi matin dès 7 heures.

«Nous voulons être reçus par la direction», expliquent-ils. C'est qu'en plus de la restructuration au quartier général, une autre frappe la filiale belge du brasseur (qui emploie 2898 personnes au total), avec 232 pertes d'emplois à la clé. De la mobilisation de ce vendredi, dépendra l'organisation d'actions nationales dans les prochains jours.

© La Libre Belgique 2005