Un conseil d'entreprise extraordinaire s'est tenu ce mercredi chez GSK à Wavre. La casse sociale est importante au sein du plus gros employeur privé de Wallonie, qui annonce toutefois un investissement de 500 millions d'euros dans les trois ans.

Comme le craignaient les syndicats, c'est bien une restructuration qui a été annoncée mercredi chez GSK Belgique, le plus gros employeur privé en Wallonie. La casse sociale est assez importante au sein du groupe pharmaceutique puisque 720 emplois (595 cadres et 125 employés) sont menacés de suppression. Ce sont les départements recherche et développement, de la fabrication et du service qualité ainsi que des fonctions support qui seront concernés, au sein de la division Vaccins. De plus, 215 contrats à durée déterminée (CDD) ne devraient pas être renouvelés.

Une procédure Renault de licenciement collectif est ouverte. Le prochain conseil d'entreprise est fixé à lundi. Ensuite, direction et syndicats devraient négocier tous les mercredis. L'objectif des représentants du personnel sera évidemment de limiter au maximum le nombre d'emplois supprimés. Le personnel employés et cadres sera informé des détails de cette annonce vendredi lors d'une assemblée générale.

La Belgique n'est pas le seul pays concerné par cette restructuration. Le groupe GSK supprimerait de nombreux emplois sur d'autres sites en Europe. De source syndicale, on évoque, entre autres, plus de 1000 suppressions de postes à Sienne en Italie et d'autres à Marbourg, en Allemagne.

"GSK a annoncé aujourd’hui un nouveau programme de 2 ans pour préparer la séparation du groupe en deux nouvelles sociétés : Le New GSK, une société biopharmaceutique avec une approche commune de recherche et développement (R&D) focalisée sur la science en relation avec le système immunitaire, l’utilisation de la génétique et des nouvelles technologies ; et une nouvelle société leader de la Santé grand public
(Consumer Healthcare). Alors que GSK augmente ses investissements en R&D et dans le lancement de nouveaux produits, ce programme vise à renforcer une approche commune de la R&D entre les divisions pharma et vaccins, en améliorant le financement alloué et la prise de décision concernant quels vaccins ou médicaments développer. Ce programme permettra également à l’entreprise de gagner en efficacité", annonce l'entreprise dans un communiqué.

Investissement de 500 millions d'euros

GSK Belgique fait également connaître son intention d'investir un demi-milliard d'euros d'ici à 2023 et de renforcer la robotisation de ses lignes.

"Afin d’assurer sa croissance future, sa compétitivité et préparer l’avenir, GSK Vaccines envisage des changements essentiels pour maintenir sa position sur le long terme dans le domaine de la vaccinologie. Au cours des prochaines
années, GSK augmentera ses investissements en R&D pour accélérer le développement et la mise sur le marché de nouveaux vaccins. En outre, afin de répondre de façon optimale à la demande mondiale, la société prévoit de
renforcer l’automatisation de ses unités de production pour augmenter la capacité et d’effectuer des investissements technologiques, avec l’intention d’investir plus de 500 millions d'euros au cours des trois prochaines années en Belgique", écrit le groupe pharmaceutique.

Les syndicats inquiets de l'avenir de l'entreprise

Au sortir du conseil d'entreprise de ce mercredi après-midi, les représentants du personnel soulignaient l'ampleur de la casse sociale mais ne se disaient pas tellement surpris. Depuis un peu plus d'un an en effet, nombreux cadres de GSK Belgique s'étaient vus proposer un départ volontaire ou avaient été licenciés.

"La direction nous a dit qu'il y a trop de couches de cadres mais c'est elle qui les y a mis. Nous sommes amers car GSK aurait pu anticiper beaucoup de choses, comme la robotisation", lance Ludovic Calonne, délégué principal Setca. "Ce n'est que mon avis mais je crains que ce licenciement collectif ne soit qu'une première phase, qu'il y ait d'autres suppressions d'emplois après 2021", ajoute-t-il.

Le syndicaliste précise qu'il soutiendra d'éventuels arrêts de travail spontanés qui pourraient survenir dès vendredi. Un préavis de grève à durée illimitée pourrait être déposé rapidement afin de couvrir les débrayages.

L'analyse de Ludovic Calonne est partagée par son homologue de la FGTB, Imdat Gunes. "GSK avait énormément engagé de personnel pour l'intégration de Novartis. On savait donc que des emplois allaient être supprimés. Aujourd'hui, les ouvriers ne sont pas touchés par cette restructuration mais nous voulons être associés aux négociations car il y a des ouvriers sous CDD dont le contrat pourrait ne pas être renouvelé d'ici à 2023. Je veux des réponses quant à la situation de l'entreprise après 2021, en ce qui concerne l'emploi et l'automatisation", dit le délégué principal.

Une autre source syndicale pointe aussi le flou qui entoure le futur des travailleurs de GSK Belgique. "L'entreprise est en grande et rapide évolution, notamment en ce qui concerne les nouvelles technologies, l'automatisation. Encore faut-il accompagner, former le personnel mais la direction n'a pas prononcé un mot à ce sujet", souligne-t-elle.

Réactions politiques

Le monde politique wallon a réagi à cette annonce de licenciement collectif au sein du plus gros employeur privé de Wallonie.Willy Borsus, le ministre de l'Economie (MR) a évoqué "un coup rude" pour l'emploi dans la région et une situation "extrêmement grave"; André Antoine (CDH) a parlé d'un "séisme et d'un drame" pour la Wallonie et la ministre de l'Emploi Christie Morreale (PS) a déclaré que "chaque emploi sauvé sera une victoire".

Jeudi, l'administrateur délégué de GSK Belgique rencontrera le gouvernement wallon à Namur. Vendredi, ce sont les syndicats qui seront reçus.

© IPM Graphics