Ça va mieux, merci le gouvernement N-VA/libéral, mais attention à ne pas laisser filer le bénéfice de la réduction du handicap salarial en laissant courir le handicap fiscal. Tel est, en résumé, le message d’Agoria, fédération belge de l’industrie technologique. Celle-ci a communiqué hier ses prévisions pour 2016.

Agoria, par la voix de son directeur général Marc Lambotte, attend une croissance du chiffre d’affaires de 2 % dans le secteur, contre 0,5 % péniblement atteints l’an dernier. Cela signifierait un redressement de l’emploi. Depuis 2008, dans l’industrie technologique, la Belgique perd 5 000 emplois par an en moyenne. En 2015, grâce au petit soubresaut d’activité, cette perte a été contenue à un millier d’emplois. Cette année devrait valider une croissance de 1 500 emplois.

L’autre signe positif est la croissance des investissements industriels, qui était déjà de 5 % l’an dernier et devrait tenir ce niveau en 2016. L’automobile, l’aérospatial et la technologie des matériaux, façon Umicore, furent parmi les moteurs, tandis que les matériaux de base, la métallurgie et la mécanique se sont déglingués. Cette année, la mécanique devrait rebondir, l’auto aussi, voir l’adaptation d’Audi Brussels à la production d’un véhicule électrique haut de gamme et la naissance d’un pôle d’activité autour des batteries, tandis que l’aérospatial et la technologie des matériaux, qui ont déjà bien donné, pourraient se tasser.

Au final, de 1,8 milliard d’euros en 2014, les investissements sont passés à 1,9 milliard en 2015 et pourraient atteindre les 2 milliards cette année.

Merci donc au "tax shift", au saut d’index et à toutes les mesures pour réduire le handicap salarial belge par rapport à ses voisins. Par chance, l’Allemagne a été un peu distraite de ce côté-là et a laissé filer les salaires, selon Agoria, qui y voit un soutien extérieur inespéré. Gageons qu’on ne l’y reprendra pas.

Mais il ne faudrait pas perdre d’un côté ce qu’on gagne de l’autre. Cheval de bataille de la fédération des industries technologiques cette année, le handicap fiscal. Selon Agoria, il s’accentue, alors qu’en Belgique, c’est un peu la pagaille concernant l’impôt des sociétés.

Taux effectif

On ne parle pas de l’impôt nominal, de 33,99 %, mais de l’effectif, réellement payé par les entreprises surtout multinationales qui optimisent, comme l’on dit, grâce aux intérêts notionnels et à l’"excess profit ruling".

Justement, ce dernier fait tiquer Marc Lambotte, parce qu’objet d’enquête de la Commission diligentée, l’an dernier, par la commissaire danoise Margrethe Vestager. L’idée que, sous présidence néerlandaise, on aille vers une harmonisation européenne l’inquiète presque autant car elle aurait pour conséquence une augmentation dans les petits pays. "J’ai l’impression qu’on se focalise sur certains pays , commente Marc Lambotte , mais le Luxembourg, on ne se prend pas à lui, et Monsieur Juncker vient d’où encore ?"

Quoi qu’il en soit, Agoria est arrivé à la conclusion qu’en 2014, avec une moyenne d’imposition de 25,65 %, les entreprises ont payé 1,2 milliard. Dans ces conditions, la fédération soutient la proposition du ministre des Finances Johan Van Overtveldt (N-VA), qui voudrait abaisser le taux à 20 % maximum. D’après simulation, les entreprises paieraient 910 millions. Soit 300 millions de moins. Outre une stabilité, la mesure ferait gagner 3 000 emplois et 3 % d’investissements. Le pauvre Etat en a-t-il les moyens ? Le jeu en vaut-il la chandelle ?