Quelques jours à peine après le lancement des travaux de construction de la 4e écluse de Lanaye (mise à gabarit pour les bateaux de 9 000 tonnes), voici que le Trilogiport liégeois (canal Albert) a reçu le feu vert de la Région wallonne. Selon nos informations, le ministre wallon de l’Aménagement du territoire, Philippe Henry (Ecolo), a en effet validé le permis.

C’est toute une région qui peut souffler car cette plate-forme logistique (Hermalle-sous-Argenteau), qui combinera le train, le bateau et le camion pour le transport de marchandises, est l’une des pièces maîtresses du redéploiement économique de la Cité ardente et de son bassin industriel. Le Trilogiport viendra compléter l’offre logistique de la Wallonie qui avait été classée première région logististique d’Europe, tout particulièrement grâce aux contributions du Hainaut et surtout de la région liégeoise.

Soulagement de toute une région, oui Mais aussi du spécialiste international de l’immobilier d’entreprise Cushman&Wakefield, chargé de la commercialisation de 75 % du zoning d’activités économiques lié au Trilogiport. Cette agence avait déjà lancé les démarches et reçu quelques propositions d’entreprises avant l’octroi du permis. Désormais, les négociations peuvent se poursuivre sur des bases plus solides.

Rappel : 2 000 emplois directs devraient être créés à terme grâce, notamment, à l’implantation espérée des centres de distribution européens de grandes entreprises dans les 200000 m2 prévus dans ce but. Des dizaines de milliers de containers de marchandises (280 000) transiteront chaque année par le Trilogiport, situé en plein cœur d’une zone stratégique pour toucher les consommateurs européens.

Pourtant, le cheminement du dossier n’a pas été un long fleuve tranquille. Les craintes des riverains en termes de nuisances (mobilité, bruit, poussières liées au charroi), la question de la pollution des sols, l’impact sur la biodiversité, ont quelque peu retardé les choses. Et il est d’ailleurs probable que des recours seront déposés contre le permis.

De même, des lenteurs du côté du cabinet Lutgen (Travaux publics) avaient causé la perte d’une partie des fonds européens Feder ("La Libre" du 20/12/2010). Plus précisément, il s’agissait des budgets consacrés à l’étude de caractérisation des terrains (coût : 211000 euros) et à l’étude d’incidence sur l’environnement (coût : 131000 euros). La Cour des Comptes avait déploré le fait que ces dépenses n’aient pas bénéficié des 40 % de cofinancement européen autorisés.

Reste que, malgré ces quelques difficultés, le projet du Trilogiport a fini par aboutir et suscite même l’admiration. Notamment en Flandre, où l’on regrette la quasi-impossibilité de lancer des chantiers de la sorte aujourd’hui en raison des nuisances et du phénomène Nimby. Les responsables de Cushman&Wakefield chargés du dossier Trilogiport avaient d’ailleurs affirmé craindre que le nord du pays ne se transforme en un "fat cat" où l’évidence de la prospérité empêche toute remise en question. Pour eux, la Wallonie est en train de rattraper la Flandre. Et le Trilogiport en est l’un des stigmates.

"La Flandre est dans un état de développement différent de nous, elle est beaucoup plus urbanisée, nuance à ce sujet Philippe Henry, contacté ce week-end. Les possibilités de création de structures comme le Trilogiport y sont donc beaucoup moins nombreuses. Toutefois, l’approche wallonne de l’aménagement du territoire fondée sur le dialogue avec les riverains est payante . Je m’efforce d’écouter les uns et les autres sans vouloir forcer les choses. Je remarque d’ailleurs que de plus en plus d’industriels adoptent cette logique-là dans leurs projets. A commencer par le secteur des carrières auxquelles peuvent être associées des nuisances importantes."