On peut appeler cela un aller-retour ou une volte-face : InBev va brasser à nouveau la blanche de Hoegaarden à... Hoegaarden alors qu'elle avait décidé il y a deux ans de la "délocaliser" à Jupille, provoquant du même coup un tollé général.

Sabine Sagaert, présidente d'InBev pour la Belgique et le Luxembourg, a refusé de lier ce revirement aux rumeurs selon lesquelles la blanche brassée à Jupille était de moins bonne qualité. "Il n'y a jamais eu de problème de qualité. Il n'existe qu'une Hoegaarden de très bonne qualité", a-t-elle souligné hier devant la presse.

"La décision prise il y a deux ans s'est faite dans un contexte très différent", a-t-elle rappelé. A l'époque, il y avait une "surcapacité de la production". Depuis, la demande à l'étranger a connu une hausse "tellement spectaculaire" grâce notamment aux contrats de distribution conclus avec le groupe brassicole américain Anheuser Bush, a-t-elle ajouté sans vouloir donner d'estimations en termes de hausse des exportations.

Et il n'y a pas que la blanche qui s'exporte mieux, la Stella Artois profite aussi de ces accords avec les Américains.

Pour répondre à l'augmentation des besoins de capacité de production, InBev a décidé d'investir 60 millions d'euros dans ses activités de brassage à Hoegaarden, Jupille et Louvain au cours des 12 mois à venir. Les investissements concerneront la production et l'équipement logistique. Un terrain va être acheté à Jupille pour l'extension des activités logistiques.

Le groupe belgo-brésilien répond ainsi aux critiques de tous ceux qui lui reprochent d'agir uniquement comme une multinationale qui ne se préoccupe que de ses actionnaires. "C'est une bonne nouvelle pour la Belgique", a répété Sabine Sagaert.

Le retour de la blanche à Hoegaarden sera "neutre" en termes d'emplois pour Leuven et Jupille, a assuré Sabine Sagaert et se traduira par 30 créations d'emplois à Hoegaarden où l'on devrait ainsi revenir plus ou moins au niveau d'effectifs existant avant la restructuration (125 personnes). Et de rappeler qu'il n'y avait pas eu de licenciement sec il y a deux ans. "Il y a eu beaucoup d'émotion à l'époque, mais nous avons pris nos responsabilités d'un point de vue social", a-t-elle insisté.

Grand gagnant

Du côté du monde politique et syndical, cette décision a été très favorablement accueillie. "Quand Inbev nous a contactés lundi matin pour annoncer un conseil d'entreprise, j'ai pensé qu'une énième restructuration allait être divulguée. Mais c'était finalement une bonne nouvelle", a indiqué le secrétaire du syndicat chrétien CSC, Luc Gysemberg.

Ce dernier est également content qu'un terme soit mis à l'incertitude concernant la fermeture de la brasserie de Hoegaarden. "Depuis l'annonce il y a deux ans, nous avons été presque constamment dans l'inquiétude. C'est une très bonne nouvelle qu'Inbev soit revenu sur ses pas", a-t-il ajouté.

Le syndicaliste déplore néanmoins la perte de savoir-faire en raison du départ d'une partie des effectifs. Selon lui, Inbev pourrait reprendre des travailleurs qui ont dû déménager de Hoegaarden à Jupille.

Le bourgmestre de Hoegaarden, Frans Huon (CD & V) se disait "extrêmement ravi". D'après lui, son village de 6200 habitants (situé dans le Brabant flamand) est le "grand gagnant" de ce revirement.