Les femmes sont-elles plus durement touchées par la crise économique que les hommes ? La réponse semble être "non". Au contraire même. " Nous n’avons aucun signe qui dit que les femmes sont plus frappées, plus concernées" , explique Sébastien Delfosse, de Federgon. Même sentiment à l’Union des classes moyennes. " On ne constate pas de différences de genre. La crise est avant tout sectorielle" , précise-t-on du côté de l’UCM. Et parmi les secteurs touchés plus particulièrement, nombreux sont ceux qui sont plus... masculins. " Ce sont les ouvriers, dans l’industrie lourde surtout, qui ont souffert le plus", constate Sébastien Delfosse. " On y trouve surtout des hommes. La distribution par contre est assez épargnée, un secteur qui compte de nombreuses femmes. "

Les chiffres du chômage en Belgique confirment cette impression. Ainsi, en janvier 2009, la hausse du chômage a davantage touché les hommes (+ 24 406) que les femmes (+ 16 700).

Dans un rapport, le Bureau international du travail (BIT) prévoit qu’en Asie de l’est et dans les pays développés, en particulier dans l’Union européenne, les hommes devraient, en 2009, être plus victimes du chômage que les femmes. Des chiffres à l’opposé cependant de la tendance enregistrée au niveau mondial : selon le BIT, le taux de chômage des femmes devrait atteindre au moins 6,5 pc selon le scénario le plus optimiste, et 7,4 pc pour le plus pessimiste. Chez les hommes ces taux pourraient être de 6,1 pc et 7 pc.

" Traditionnellement, en Belgique, le nombre de femmes au chômage est plus important que celui des hommes. Mais cette tendance s’estompe" , note Rony Baert, conseiller général auprès du secrétariat social Partena. " Le nombre de femmes au chômage diminue sur le long terme, alors qu’il tend à s’accroître davantage chez les hommes ."

Mais tout dépend du niveau. " En période de crise, les emplois peu qualifiés sont plus vite touchés. Or cela concerne plus souvent des femmes. Leur travail est plus précaire. C’est lié notamment à la maternité, au choix de carrière qu’elles font."

Mais à niveau d’emploi égal, c’est la performance qui compte. " La question du genre n’a pas cours en général, même s’il subsiste quelques îlots machistes..."

Si elles occupent des emplois moins qualifiés, les femmes bénéficient aussi plus souvent que les hommes de crédits temps, d’interruptions de carrière. " En période d’essor, ces formules arrangent les entreprises soucieuses de satisfaire l’équilibre entre vie privée et professionnelle de leur personnel, de retenir les bons éléments et d’offrir une bonne image. Mais cela a un coût. Proportionnellement, un poste à temps partiel coûte plus cher qu’un temps plein. En période de crise, les entreprises peuvent être alors tentées de diminuer le nombre de temps partiels. Et là, plus de femmes risquent d’être concernées logiquement. Mais l’inverse aussi se produit. Au lieu de licencier, les entreprises peuvent chercher des solutions alternatives : temps partiel ou interruption de carrière provisoires avec reprise quand l’activité reprend. On peut aussi évoquer l’idée de la capitalisation des jours de congé ", explique Rony Baert.

Présidente de la commission Femmes et Entreprises du conseil des Femmes francophones de Belgique, Dominique Estenne a choisi d’être optimiste pour les femmes. " Avec la crise, le système est remis en question. Les cartes sont redistribuées. Cela peut être une opportunité pour les femmes. Elles peuvent apporter une valeur ajoutée car elles abordent les choses différemment. Il faudra en reparler dans un an... "