Pierre Loppe

L’égalité entre les sexes est-elle en "net progrès" en Belgique ? C’est ce que prétend le rapport publié cette semaine par le Forum économique mondial, la fondation suisse qui organise le sommet annuel de Davos où des dirigeants débattent de la situation du monde. La Belgique effectue un grand bond en avant et se place à la 14e place, elle qui était encore 33e l’an passé, apprend-on. Mais encore ? L’enquête - qui sonde 134 pays et mesure l’importance des inégalités entre les sexes dans des domaines tels que les salaires, l’accès à des postes hautement qualifiés, le niveau d’éducation, l’influence politique, l’espérance de vie, etc. - est, hélas, assez énigmatique. Tout au plus observe-t-elle "une amélioration de la parité dans le domaine économique" et conclut-elle que "les différences de salaires, notamment, "semblent se réduire en Belgique". D’où les gros titres dans les journaux.

Sans doute, faut-il tempérer cet excès d’enthousiasme. Comme le faisait remarquer récemment le Service public fédéral Emploi, Travail et Concertation sociale, "malgré l’égalité de droit, les femmes continuent à faire les frais d’inégalités de fait et de discriminations indirectes qui restreignent leurs capacités en matière d’accès à l’emploi, de carrière et de conditions de travail". Il est bien connu que le temps partiel et le crédit-temps restent surtout l’apanage des femmes et que la répartition traditionnelle des rôles a la vie dure. Combien de femmes occupent réellement des fonctions supérieures ? Combien se sentent discriminées ? En dépit des instruments juridiques, d’une forte prise de conscience et des adaptations promises, l’écart salarial reste supérieur à 15 %. C’est une situation indigne !