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Le géant bancaire britannique HSBC a annoncé lundi le départ surprise de son patron John Flint, évoquant le besoin de sang neuf face aux nombreux défis à relever pour la banque entre guerre commerciale, Brexit et taux bas. La banque a aussi annoncé la suppression d'environ 4.000 emplois.

Le groupe a expliqué dans un communiqué que John Flint avait décidé de quitter ce jour son poste de directeur général en accord avec le conseil d'administration.

HSBC n'a pas donné de raison précise pour expliquer le départ soudain de M. Flint, après moins de deux ans à ce poste. Mais le groupe a déclaré qu'un changement au sommet était nécessaire, avertissant les investisseurs qu'une période difficile s'annonçait.

"Dans l'environnement mondial de plus en plus complexe et exigeant dans lequel la banque opère, le conseil d'administration estime qu'un changement est nécessaire pour faire face aux défis auxquels nous sommes confrontés et pour saisir les très importantes opportunités qui sont devant nous", a déclaré le président du groupe, Mark Tucker, laissant à penser que M. Flint a été poussé vers la sortie.

John Flint qui, à 51 ans, a passé trois décennies à HSBC, a déclaré pour sa part: "J'ai estimé, comme le conseil d'administration, que les bons résultats provisoires d'aujourd'hui indiquent que c'est le bon moment pour un changement, pour moi et pour la banque".

HSBC a précisé qu'il allait rechercher un nouveau dirigeant à la fois en interne et à l'extérieur et que Noel Quinn, chef de la division banque commerciale de HSBC, serait directeur général par intérim.

"C'est une surprise qu'il soit parti si vite, même s'il semble y avoir eu des tensions entre lui et le conseil d'administration", estime Chris Ralph, un responsable du gérant d'actifs britannique St. James's Place, interrogé sur la BBC.

L'annonce du départ du dirigeant est intervenue peu avant la publication, plus tôt que prévu, de résultats en hausse pour le premier semestre avec un bénéfice net en progression de 18,6% à 8,5 milliards de dollars, mais assortis d'une grande prudence pour les mois qui viennent compte tenu des nombreux nuages à l'horizon.

Guerre commerciale et Brexit

"Les perspectives ont changé", prévient le groupe dans le communiqué présentant ses résultats. Il évoque en particulier la baisse des taux en cours aux Etats-Unis, comprimant les marges que les banques réalisent sur les prêts, ainsi que les tensions géopolitiques, le tout pouvant "avoir un impact sur de nombreux marchés".

HSBC, établie à Londres mais active à travers le monde et surtout en Asie, est en particulier très dépendante de la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, relancée la semaine dernière par la décision de Donald Trump d'imposer de nouveaux droits de douane sur les produits chinois.

Même si elle continue à voir son activité croître en Asie, la banque note que l'avenir "est moins prévisible".

Le Brexit est l'autre défi de taille évoqué par la banque, qui s'inquiète du caractère "hautement incertain" de la nature et de l'impact de la sortie de l'UE. Cette dernière est prévue fin octobre et l'arrivée au pouvoir de Boris Johnson au Royaume-Uni ravive les craintes d'un Brexit sans accord.

Tous ces défis vont contraindre la banque à la prudence au moment d'investir et de dépenser, du fait des risques pesant sur ses revenus. La stratégie de M. Flint consistait pourtant à lancer un plan d'investissement de 15 à 17 milliards de dollars pour retrouver le chemin de la croissance après de longues années de restructuration.

Le groupe continue de viser un retour sur fonds propres au-dessus de 11% en 2020. Mais il prévient qu'il ne sera pas en mesure d'atteindre son objectif de 6% aux Etats-Unis pour cet indicateur clé mesurant les bénéfices générés par rapport au capital investi par les actionnaires.

HSBC a enfin décidé de récompenser ses actionnaires en annonçant le lancement imminent d'un programme de rachat d'actions d'un milliard de dollars maximum.