Les représentants du groupe chinois mis à l’index par les États-Unis tentent de trouver des alliés et… des solutions.

Les États-Unis ont donné le sentiment lundi soir de vouloir diminuer un peu la pression exercée sur le groupe chinois de télécoms Huawei. L’administration américaine a en effet donné un répit de trois mois aux partenaires commerciaux et technologiques pour s’adapter aux règles interdisant aux entreprises américaines de fournir de la technologie de pointe au géant chinois. De quoi imaginer la négociation d’accords permettant la suspension de ces décisions prises au nom de la sécurité nationale américaine ? Rien n’est moins sûr, mais Huawei a entamé les grandes manœuvres pour tenter de se sortir de ce très mauvais pas.

Trouver des alliés

À commencer par de la communication auprès des autorités européennes où Abraham Liu, représentant principal de cette firme auprès de l’UE, a demandé une réaction à cette "attaque contre l’ordre libéral fondé sur des règles". "Maintenant, cela arrive à Huawei. Demain, cela peut arriver à n’importe quelle autre compagnie internationale", a-t-il ajouté. Parallèlement, M. Liu a promis que Huawei allait faire davantage pour dissiper les inquiétudes des Européens quant aux risques supposés d’espionnage de la part de la compagnie chinoise. Et d’évoquer la signature d’accords de non-espionnage. L’objectif étant d’élargir à l’Union européenne le soutien donné par la France et l’Allemagne, deux partenaires qui ont jugé que les équipements de réseaux du groupe chinois ne présentaient a priori pas de danger particulier en termes d’espionnage.

Chercher de nouveaux fournisseurs

Mais ce n’est qu’un des volets du chantier de défense que Huawei doit mettre en place. En effet, le groupe qui était auparavant menacé par les États-Unis sur le marché des équipements de réseaux 5G, dont il est aujourd’hui le leader en termes de développement technologique, doit désormais trouver dans les trois mois qui viennent des fournisseurs alternatifs pour les composants - des puces électroniques - qu’il pourrait ne plus pouvoir acheter aux États-Unis. À moins de disposer de fournisseurs chinois. Mais cela ne se fait pas en quelques semaines. On sait que, sentant venir la tempête, Huawei a fait ample provision de ces composants essentiels. Que ce soit pour assurer la fourniture de matériel destiné à la 5G ou à la fabrication de smartphones. Et, dans la guerre des mots, le fondateur de Huawei, Ren Zhengfei, a assuré la presse chinoise que son groupe s’était préparé à résister à l’embargo. Pour le spécialiste de l’économie numérique Denys Malengreau, "si on croit ce dernier, Huawei aurait pris deux à trois ans d’avance technologique sur les États-Unis…".

Ren Zhengfei a aussi assuré être "capable de fabriquer des puces aussi bien que ses fournisseurs américains… ce qui ne signifie pas que nous ne voulons pas leur en acheter".

Créer un Google chinois ?

Plus gênante est la suspension des relations entre Google et Huawei. Google fournit en effet "gratuitement" le système d’exploitation Android qui anime les smartphones de Huawei (et la majorité des smartphones du marché), ainsi que des applications "essentielles" comme Gmail, YouTube ou Google Maps, sans oublier l’accès au magasin d’application Google Play. L’alternative étant ici de fournir un système d’exploitation "maison" qui existe déjà, d’utiliser les services de Google via un navigateur internet (moins agréable que les apps) et de doper son propre magasin d’applications. De sérieux défis.

© AFP