La finance évolue vite, très vite. Surtout à Londres. Cap sur le Level 39, cet incubateur de la finance de demain.

En Belgique, cette évolution est encore assez peu perceptible mais, à Londres, on sent véritablement battre le pouls des sociétés qui exerceront, demain, les nouveaux métiers de la finance.

Au cœur de Canary Wharf se dresse l’immense tour du One Canada Square. Au 39e étage, le Level 39 est un incubateur de FinTech, ces start-up qui créent la finance de demain en alliant les développements technologiques aux différents métiers des banques.

Dès l’entrée, le ton est donné : c’est le "village square", un open space, sorte de cafétéria où les entrepreneurs, qui ont en moyenne entre 30 et 40 ans, se retrouvent avec leur Mac pour travailler, discuter, échanger en buvant un café ou en mangeant des… "Smarties" !

C’est aussi là que se donnent des séminaires, des formations pour les entrepreneurs qui ont choisi ce lieu pour se développer. "Tous les jours à 15 heures, nous agitons la ‘cookie bell’ (la cloche à cookie). Les gens quittent leurs bureaux pour se retrouver ici. Les cookies partent très vite mais les entrepreneurs restent pour discuter et échanger leurs idées. Les meilleures conversations ont lieu autour d’un café" , estime Ben Goldsmith, Head of Content au Level 39. Le 18 mars dernier, le Level 39 a fêté ses deux ans d’existence. Au départ, il n’occupait que le 39e étage (d’où son nom).

Après 6 mois, il a fallu en louer un deuxième, puis un troisième. "Je me souviens du lancement comme si c’était hier. Ce que nous avons fait ici en 24 mois est la fierté de toute une équipe. Nous avons mis en relation des entrepreneurs avec des mentors grâce au soutien de sociétés comme Swift, CitiBank ou IBM et nous avons organisé des événements incroyables" , reconnaît Eric Van der Kleij, Head of Level 39.

Cet incubateur n’est pas seulement un accélérateur de FinTech, on y trouve aussi des start-up qui se préoccupent de construire ce qui sera la ville intelligente de demain. Le Level 39 est un véritable écosystème qui entend soutenir les jeunes pousses en les accompagnant à chaque étape de leur développement. Les grandes entreprises peuvent aussi s’y installer pour autant qu’elles aient la volonté de développer de nouvelles technologies. "Nous avons imaginé ce concept juste après la crise financière et nous voulions montrer qu’il y avait de nouvelles idées dans ce secteur. Canary Wharf s’est imposé comme lieu car ses concepteurs veulent investir sur le long terme. Nous voulons devenir le meilleur acteur au monde dans le domaine des Fintechs" , reconnaît Eric Van der Kleij.

Mais à quoi ressemblera le secteur financier de demain ? Grâce à ces FinTech, certains métiers de la banque seront réalisés en-dehors du secteur avec une plus grande souplesse, une transparence et des coûts moindres. Dans ce monde nouveau, il faudra aussi tenir compte des G.A.F.A : Google, Apple, Facebook, Amazon. " Les extensions de Facebook dans les services financiers ne sont pas encore claires même si nous sommes au courant de certaines collaborations comme, en 2012, avec ‘CommonBank Kaching for Facebook’. Il s’agit d’un service de la Commonwealth Bank of Australia qui a donné aux 12 millions d’utilisateurs Facebook de ce pays l’opportunité de faire des opérations bancaires sans quitter leur plateforme de réseau social ", ajoute Eric Van der Kleij. L’intelligence artificielle sera aussi incoroporée dans des applications du secteur. La finance de demain sera influencée par les réseaux sociaux et par les nouvelles technologies. Cet avenir se construit en partie au Level 39.


Trois questions à Eric Van der Kleij

De père hollandais et de mère iranienne, cet Anglais de naissance est Head of Level 39.

Londres a toujours été un centre financier de référence. Qu’est-ce qui fait la force de cette ville ?

Plusieurs facteurs expliquent ce succès, dont la présence du cœur du réacteur de la finance. Nous sommes proches du secteur financier traditionnel. Il faut aussi dire que nous sommes très professionnels dans beaucoup de domaines y compris le marketing. Mais, surtout, nous travaillons avec les régulateurs dont nous sommes très proches. Lorsqu’un nouveau concept émerge, nous rencontrons le régulateur et nous obtenons très vite un cadre régulatoire dans lequel nous pouvons opérer. Londres est leader dans le domaine financier parce que nous avons développé une excellente coordination entre tous les acteurs. Des standards ont également été créés, ce qui permet aux différents acteurs d’opérer de façon plus harmonieuse.

Pourquoi, sans se démoder, attire-t-elle encore les nouveaux acteurs de la finance ?

Les Anglais ont également été capables de développer un support de qualité aux jeunes entreprises. Nous sommes aussi assez ouverts en matière de politique d’immigration même si cette immigration est assez sélective.

Qu’en est-il du financement de ces jeunes pousses ?

Nous bénéficions du support de certaines grandes entreprises et obtenons surtout des fonds pour nous développer. Le financement des projets est la clef de voûte de ce succès. Nous avons du fuel à mettre dans le moteur de notre fusée tout en restant neutres et indépendants, même si nous sommes épaulés par des grandes firmes comme Swift, par exemple.