La chasse aux coûts opérée par InBev depuis le début de l'année dans le monde n'épargnera pas la Belgique. La semaine dernière, le géant brassicole, né de la fusion entre Interbrew et le brésilien AmBev, avait déjà confirmé la suppression de 45 emplois sur 400 dans son quartier général à Louvain. Hier, il a carrément frappé en plein coeur du «pays de la bière» en annonçant une vaste restructuration de ses activités brassicoles. Cela pourrait se traduire par la suppression de 232 emplois en Belgique sur un total de 2898, a annoncé la direction.

Actuellement, le groupe, n°1 en Belgique avec une part de marché de 56,3pc, possède quatre brasseries dans le royaume: Jupille pour la Jupiler, Louvain pour la Stella Artois, Hoegaarden pour la blanche du même nom et Leeuw-Saint-Pierre pour la Kriek Belle-Vue. L'an dernier, le brasseur a écoulé 6,4 millions d'hectolitres en Belgique, dans un marché en érosion.

Le patron du groupe John Brock, qui a déjà fermé quelques brasseries, avait déclaré que la Belgique comptait un trop grand nombre de brasseries. Une étude « portant sur l'efficacité des activités et de ses opérations en Belgique» lui a donné raison: «la capacité totale des 4 brasseries belges dépasse les besoins réels».

Sont visées les brasseries de Hoegaarden et le site Belle-Vue à Molenbeek. En ce qui concerne la première, InBev a décidé de transférer le brassage et la mise en fût de la blanche à Jupille. La mise en bouteille et le stockage seront maintenus à Hoegaarden.

Plus de Kriek à Molenbeek

Quant à la Kriek Belle-Vue, toute sa production sera concentrée sur le site de Leeuw-Saint-Pierre. Cela signifie que les activités de Molenbeek (maturation du lambic en fûts de chêne) migreront à Leeuw-Saint-Pierre. Et quid du musée? «L'intention est de le maintenir», précise Lian Verhoeven, la porte-parole d'InBev Belgium. L'affectation du reste du site n'est pas encore définie.

La restructuration touchera aussi les services de transport, de marketing et de vente ainsi que le département de support.

Sur les 232 emplois concernés, le brasseur estime pouvoir éviter 67 licenciements par des glissements en interne.

D'après la direction, cette réorganisation n'a rien à voir avec les résultats 2005 du groupe «qui sont bons». Elle n'est pas liée non plus avec l'arrivée à la tête de la filiale belge, en janvier, d'un nouveau directeur portugais venu tout droit d'AmBev.

«Le but est d'utiliser ces économies pour réinvestir dans nos marques et l'innovation», argumente la porte-parole.

Du côté des travailleurs, c'est la douche froide. Et particulièrement à Hoegaarden où le personnel est parti en grève après avoir appris la suppression de 50 emplois sur ce site. «Les travailleurs ne comprennent pas qu'une entreprise qui réalise des bénéfices aussi énormes mette à la porte 232 personnes et essaie de faire encore plus de bénéfices sur le dos du personnel», a expliqué Hugo Coosemans (FGTB) à l'agence Belga.

Les syndicats se concerteront dans les prochains jours sur un plan d'actions.

© La Libre Belgique 2005