REPORTAGE

Ils sont venus de France, des Pays-Bas, d'Allemagne et du Luxembourg pour prêter main-forte à leurs collègues belges. Massés derrière un grand calicot «InBev employees united across Europe» (NdlR: les travailleurs d'InBev unis à travers l'Europe), entre 1 500 (selon les forces de l'ordre) et 2 500 (selon les syndicats) salariés du géant brassicole belgo-brésilien ont défilé, mardi midi, dans les rues de Louvain, où sont situés le quartier général d'InBev et la brasserie Stella Artois. Ils sont tous touchés par les restructurations que le groupe a annoncées récemment et qui menacent, rien qu'en Belgique, près de 450 emplois. «Une manifestation européenne d'une telle ampleur, c'est très rare», observe Simon Cox de l'EFFAT, la fédération européenne des syndicats de l'alimentation qui organisait l'événement. «Nous voulons obtenir un accord-cadre européen prévoyant un certain nombre de clauses minimales en cas de restructuration», poursuit-il.

Dans le cortège, hormis quelques bouteilles jetées contre la façade du siège d'InBev, l'ambiance est bon enfant. Pétards et sifflets sont de circonstance. «Brito (NdlR: CEO brésilien d'InBev), salaud, le peuple aura ta peau!», scande une délégation de travailleurs de Jupille hissant des pancartes avec un mot inscrit en grand: «InBevable». Parmi eux, Damien, 32 ans, est directement concerné par la délocalisation des services comptables en Hongrie. «On est dégoûtés. La qualité de notre travail n'a pas été prise en compte dans le plan de restructuration», soupire l'homme qui gère les comptes clients depuis 8 ans. «Les Liégeois ne savent plus pourquoi», peut-on lire sur des t-shirts enfilés par d'autres manifestants.

Le personnel d'Hoegaarden, non plus. «On ne sait pas ce que l'on va devenir, tout ce que l'on sait c'est que l'on ne brassera plus la Blanche à Hoegaarden», lâche Dominiek, chauffeur depuis 22 ans. «La Blanche doit rester à Hoegaarden!», hurlent ses collègues. «La direction nous a promis de nous recaser à Jupille mais là aussi, ils sont de trop», bougonne Dominiek qui a commencé à chercher un nouvel emploi. Sans enthousiasme. «J'ai quatre enfants, je ne trouverai plus jamais un aussi bon salaire que chez InBev.» La délégation de la brasserie Belle-Vue à Leeuw Saint-Pierre n'est pas mieux lotie. Ses effectifs (58) seront divisés par deux. «Mon travail est menacé, on parle de me prépensionner», raconte Christian, un Bruxellois de 53 ans. Dans les rangs flamands, les manifestants stigmatisent l'indifférence de Jean-Luc Dehaene, administrateur d'InBev.

En signe de solidarité

Mais il y a aussi les Allemands, venus par dizaines de plusieurs sites du pays. «InBev a annoncé la perte de 20 emplois mais nous craignons qu'il y en ait beaucoup d'autres», lance Carsten, employé à la brasserie d'Hasseröder (ex-Allemagne de l'Est) depuis 11 ans. Les Luxembourgeois, aussi, ont fait le déplacement. «13 emplois sur 117 sont menacés à la brasserie Diekirch mais il y en aura d'autres. Depuis 2004 (NdlR: année de la fusion avec AmBev), il y a eu 22 licenciements», explique José, 30 ans de maison. Malgré la mobilisation anti-CPE, les travailleurs français ont répondu présents. «130 emplois sont menacés et d'ici à septembre, il y en aura encore une centaine», redoute Frabrizi, «27 ans de boutique» en tant que livreur. Pas encore touchés par les restructurations, les Néerlandais sont venus, eux, «par solidarité».

Les syndicats belges attendent, à présent, «un geste fort» du Premier ministre Guy Verhofstadt («LLB» du 28/03). «Restructurer quand il y a des bénéfices, c'est totalement inacceptable!», s'emporte Marc Sparmont du Setca de Liège. De son côté, la direction du groupe a répété qu'elle préconisait un «dialogue constructif». Mais, prévient déjà Denis Golbert de la CNE: «La direction ne nous imposera pas son calendrier. On ne lui laissera pas faire n'importe quoi!»

© La Libre Belgique 2006