Les analystes évoquent un scénario plus gênant que catastrophique.

Pour le Chief Economist d’ING Belgique, Peter Vanden Houte, le choix des Britanniques penche à nouveau pour un maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne. Mais cette conviction fragile - tout peut changer d’un jour à l’autre, estime-t-il, est basée… sur l’analyse des chiffres diffusés par les "bookmakers" britanniques. Et si le choix allait quand même vers un divorce ? Dans ce cas, les économistes d’ING ont élaboré des scénarios qui seraient essentiellement dictés par l’incertitude liée aux différents paramètres modifiés par le départ britannique. Il serait, d’ici à la fin 2017, d’un demi-pour-cent de croissance en moins pour la Belgique, et jusqu’à 0,8 % pour le Luxembourg, les Pays-Bas, Malte et l’Irlande, et inférieur à 0,5 % pour les autres pays membres. Bref… on y survivrait.

Mauvais calendrier

On y survivrait certainement puisqu’il faut aussi compter sur la capacité d’adaptation des politiques économiques des pays membres. Mais pour l’heure, alors que l’on commence à noter l’influence positive de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) sur l’économie de la zone euro, Peter Vanden Houte en résume assez clairement le bulletin de santé : "Le patient a quitté son lit et il marche mais reste sous perfusion".

Effets positifs

Le traitement de fond imposé par la BCE produit des effets mais pas autant qu’espéré puisque le taux de croissance estimé pour 2016 et 2017 restera proche de 1,5 % puis se rapprochera des 2 % en Europe. Avec un petit mieux pour la Grande-Bretagne, sauf accident… Un taux de croissance déprimant ? "Oui, mais il y a des signes positifs comme le raffermissement du marché de l’emploi depuis la mi-2013, et un accroissement de l’investissement privé (entreprises et ménages) et public, malgré une volonté de se désendetter, et un frein psychologique lié aux incertitudes politiques", explique encore Peter Vanden Houte. Des taux d’intérêt au plancher, ça ne règle pas tous les problèmes.

Cela étant, l’économiste note aussi que les Etats membres ont bénéficié de la politique monétaire menée par la BCE, des taux zéro jusqu’au "quantitative easing" pour… accroître la dette publique, mais en réduisant au passage leurs charges d’intérêt. Ici, c’est spectaculaire puisque pour ce qui concerne notre pays, depuis 2007, la dette publique est passée de 87 % à 106 % du PIB, mais que la charge d’intérêt est passée de 4 % à 2,9 % du PIB. "Ce qui représente pour le Trésor, une économie de 2,2 milliards d’euros de charges d’intérêts en moins par an", assure encore Peter vanden Houte. Un élément qui devrait être pris en compte pour revoir les critères européens et permettre de relancer les économies des pays membres par une politique de grands travaux publics.

Il faudra en tout cas que les Etats membres trouvent des solutions, parce que, selon Peter Vanden Houte et son service d’études, il est peu probable que la BCE en fasse plus. "On devrait assister à un maintien des taux bas". Aller plus loin, explique-t-il en substance, susciterait des tensions au sein des pays les plus riches de la zone euro, où les avoirs des épargnants sont mis à rude épreuve. Patrick Van Campenhout