Le ministre fédéral de l'Emploi et de l'Economie a jugé vendredi possible, à l'issue de la procédure de licenciement collectif au sein d'ING, de réduire le nombre de licenciements secs sous le chiffre de 1.700 avancé lundi par la direction du groupe. "Parce qu'il s'agit ici non pas d'une fermeture, mais d'une restructuration, je crois qu'une réduction du nombre de licenciements secs sera possible par la présentation d'un certain nombre d'alternatives créatives", a indiqué M. Peeters (CD&V) en commission de la Chambre où il était interrogé sur la restructuration annoncée lundi par le groupe bancaire.

Selon lui, ces alternatives seront avancées lors des négociations qui vont s'ouvrir dès lundi entre la direction et les syndicats d'ING.

"Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour diminuer le chiffre de 1.700 licenciements secs", a ajouté le ministre, sans plus de précision.

Le député Eric Massin (PS) l'a toutefois pressé à poser des gestes concrets en ce sens, rappelant la proposition de son parti pour interdire les "licenciements boursiers".

"Faites quelque chose. Montrez que quelque chose a changé dans ce pays! ", a renchéri de son côté Georges Gilkinet (Ecolo). "C'est votre responsabilité, bon dieu! Agissez! ".

Interrogé sur les motifs du plan de restructuration d'ING, M. Peeters a mis en doute l'une des causes avancées par la direction, à savoir la taxe bancaire appliquée au secteur.

M. Peeters a dit avoir récemment eu des contacts avec d'autres grandes banques actives en Belgique, a-t-il confié, et aucune n'a présenté cette taxe comme une menace pour leurs activités en Belgique. Aucune d'elles ne travaillent d'ailleurs à un plan de restructuration, a-t-il encore confié.


ING : la direction sur le gril en commission de la Chambre

Le direction d'ING Belgique s'est retrouvée vendredi matin en commission de la Chambre sous le feu des questions mais surtout des critiques des députés, de gauche comme de droite, après l'annonce lundi d'une lourde restructuration au sein de la banque. Invité à venir expliquer la décision aux députés, le CEO d'ING Belgique, Rik Vandenberghe, a répété les principaux raisons à l'origine de la mesure: faiblesse des taux bancaires, réglementation complexe, taxation élevée et révolution numérique en cours.

"Mieux vaut opérer l'évolution nécessaire tant que nous sommes dans une position de force plutôt que d'attendre d'avoir le couteau sur la gorge", a-t-il justifié.

M. Vandenberghe a répété vendredi la volonté de groupe d'"assumer ses responsabilités" pour la réinsertion du personnel, dont une partie manifestait au même moment devant le siège social de la banque à Bruxelles. "Nous avons sous-estimé l'impact émotionnel", a-t-il reconnu, la mine grave.

"Mais sur quelle planète vivez-vous à la direction d'ING?", a réagi le chef de groupe MR, Denis Ducarme.

Comme d'autres députés, celui-ci a aussi dit ne pas comprendre que la banque licencie alors qu'elle génère des bénéfices, et ce après avoir bénéficié d'avantages fiscaux de la part de l'Etat belge. "Les limites du système semblent atteintes...", a-t-il glissé le chef de groupe MR.

Pour le PS, Ahmed Laaouej a pointé le paradoxe d'une société qui génère 10% de rendement sur capitaux et qui décide malgré tout de se séparer près de 40% de son personnel.

"Ne pouviez-vous avoir, en tant qu'ancienne BBL, plus de considération pour le tissu social belge vu les bénéfices considérables réalisés par votre entreprise en Belgique? ", a-t-il lancé.

Dans la majorité, Nahimat Lanjri (CD&V) a rappelé les réduction d'impôts et de charges dont a profité l'entreprise. "Ces moyens mis en place par le gouvernement pour créer des emplois ne peuvent servir aux seuls actionnaires", a-t-elle insisté.

Elle a assuré que le gouvernement prêterait main forte aux travailleurs pour limiter le nombre de départs au fil des négociations qui vont s'ouvrir dans le cadre la procédure Renault.

Egalement invités vendredi matin, les représentants des syndicats ont mis en doute les motifs avancés par la direction pour justifier la restructuration. Pour eux, celle-ci vise aussi à assurer aux actionnaires un return au-delà de 10%.

Dans l'opposition, Catherine Fonck (cdH) a, elle, fustigé une restructuration qui n'a nullement été anticipée par la direction, ce qui aurait peut-être permis d'éviter pareil séisme social.

Pour Georges Gilkinet (Ecolo), après les drames sociaux de ces dernières semaines (Caterpillar, Axa, ...) il est impératif à présent de conditionner les différentes aides accordées aux entreprises au maintien de l'emploi et de veiller à redévelopper une vraie force capitalistique nationale.

Marco Van Hees (PTB) s'est montré le plus agressif, qualifiant en séance le CEO d'ING Belgique de "voyou social, de mercenaire".

"J'aimerais d'ailleurs savoir combien vous gagnez pour faire ce sale boulot?", lui a-t-il lancé.

Pressé de nombreuses questions par les députés, M. Vandenberghe a esquivé la plupart des réponses.

Il a toutefois rejeté tout traitement fiscal favorable pour son entreprise.

"ING est le numéro 1 ou 2 pour toute la Belgique en matière de contribution à l'impôt des sociétés", a-t-il opposé. Et si ING Belgique a versé d'imposants dividendes à sa maison-mère, c'était notamment pour satisfaire les règles européennes plus sévères en matière capitaux propres pour les banques, a-t-il jusifié.

Réfutant qu'ING ait décidé de saigner davantage sa filiale belge que ses activités aux Pays-Bas, M. Vandenberghe a confirmé vendredi que son groupe ne recourerait pas au régime de prépension (financé en partie par l'Etat) pour se séparer d'une partie de son personnel dans les années à venir.

Les débats en commission se poursuivront dans l'après-midi en présence du seul ministre de l'Emploi, Kris Peeters.

Les députés avaient également demandé la présence du Premier ministre et du ministre des Finances, mais ceux-ci ont décliné l'invitation.