Pour justifier son virage stratégique majeur annoncé lundi, ING a mis en avant deux grands arguments : la numérisation croissante des services financiers mais aussi un contexte de taux bas qui pèsent sur les marges de toutes les institutions financières.

Une stratégie qui n’est pas exempte d’un certain nombre de risques, sur le plan opérationnel mais aussi dans la relation-client, à en croire Eric De Keuleneer, professeur à Solvay et à l’ULB.

"En agissant ainsi et en optant pour un virage aussi radical vers la numérisation, ING prend un risque opérationnel, qu’il m’est impossible de mesurer, et un risque vis-à-vis de sa clientèle : est-ce que celle-ci va adhérer à cette nouvelle manière d’interagir avec sa banque et accepter d’évoluer dans ce nouvel environnement numérique ? Je ne sais pas dans quelle mesure leur modèle de banque digitale est aujourd’hui déjà tout à fait au point et opérationnel. Ce genre de transformation, c’est en tout cas un pari. Tout dépendra de la qualité de l’offre de produits et services", explique ce fin observateur du monde financier belge, tout en mettant cependant en avant les compétences et l’expérience d’ING dans le domaine informatique ou de la banque directe. Et Eric De Keuleneer d’ajouter : "ING fait supporter le poids de cette radicalité en grande partie sur son personnel qui est à la fois de grande qualité et très loyal. Les dirigeants de la banque sont certainement de bonne foi en pensant qu’il fallait agir ainsi en fonction des défis futurs de leur entreprise mais certaines déclarations maladroites donnent le sentiment que ce choix a été dicté par la volonté du management de maintenir une rentabilité sur fonds propres très élevée et qui est édictée comme un dogme, sans qu’il ne soit imposé par le marché ou par les actionnaires. Car beaucoup de banques vivent très bien avec une rentabilité plus faible."

"Pas un manque d’anticipation"

Pour notre interlocuteur, il serait cependant erroné de parler d’un "manque d’anticipation" dans le chef d’ING. "C’est une banque qui est, globalement, bien gérée. Il y a chez ING par rapport à un scénario assez pessimiste sur l’évolution des marges à l’avenir la conviction que pour rester compétitif, il faut baisser drastiquement les coûts de fonctionnement, ce qui explique ces pertes massives d’emplois. C’est clairement l’option qui a été prise ici avec l’objectif d’évoluer vers une banque très automatisée, s’appuyant sur d’excellents services informatiques et en ligne. Ce n’est pas critiquable en tant que tel même si ce n’était sans doute pas la seule option possible. D’autres options pouvaient, par exemple, davantage se focaliser sur la recherche de nouveaux revenus, là où ici l’accent a été mis sur la réduction des coûts", ajoute-t-il encore.

L’autre grand argument mis en avant par la direction d’ING Belgique est celui de la faiblesse des taux d’intérêt. Là aussi, Eric De Keuleneer tient à relativiser l’impact de cette variable sur le "business model" des banques : "Ce n’est pas un faux argument, c’est un argument partiel et qui ne vaut que temporairement. Il y a un peu de pression sur les marges d’intérêt, c’est vrai, mais de là à faire croire qu’ING perd de l’argent à cause des taux négatifs, non. Le métier de la banque, c’est de prêter de l’argent. Et quand vous leur empruntez de l’argent, elle facture encore à un taux relativement confortable. Et s’il est vrai que les marges sur crédits sont plutôt en train de baisser, elles restent relativement confortables." Et de conclure : "Est-ce qu’ING a opté pour le meilleur modèle afin d’affronter les défis de demain ? La question est ouverte."