Investir à Triodos peut changer le monde

Investir à Triodos peut changer le monde
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Entreprises & Start-up

G.A. (St.)

Publié le

Malgré le mauvais climat sur le marché, le total du bilan de la Banque Triodos a augmenté de 8% pour atteindre deux millards d'euros au 30 juin 2008. Depuis quelques semaines, la demande d'ouverture de comptes a décuplé. Belle récompense pour cette institution qui s'est démarquée, depuis sa création en 1980, des autres banques commerciales.

"De plus en plus de citoyens sont convaincus que nous devrons changer notre économie et notre mode de consommation si nous voulons garantir un avenir de qualité", tels sont les propos de la direction de Triodos, à l'heure où la crise financière bat son plein.

C'est installé dans les anciennes usines Jacquemotte à Bruxelles, que l'actuel Directeur de la Banque Triodos, Olivier Marquet, redéfinit les points forts d'une activité bancaire durable.

Le bilan juin 2008 a atteint les 2 milliards, soit une augmentation de 8% par rapport à l'an passé. Face à la crise actuelle, on peut dire que la banque Triodos sort indemne de la crise. Quel est votre secret jouvence?

C'est plutôt un secret de croissance. Il y a 4 éléments constitutifs de la recette Triodos. Le premier est probablement la transparence. Nous informons nos clients de façon régulière de l'ensemble des crédits que nous avons accordé avec leur argent et nous leur donnons également la possibilité chaque année, lors de la Journée Clients, de discuter avec nous de notre stratégie.

Le second élément est le fait que nous investissons uniquement dans l'économie réelle. Nous n'investissons que dans des projets et des entreprises qui sont actifs dans le domaine social, environnemental et culturel. Et nous n'investissons pas dans des produits dérivés ou dans des produits virtuels dont on ne sait plus très bien qui est le bénéficiaire final.

Le troisième élément qui est intimement lié aux deux autres est le fait que nous poursuivons un certain bénéfice puisque nous sommes constitués comme une société anonyme (SA) mais nous considérons que le bénéfice est un moyen et pas un but en soi. C'est un moyen dans la mesure où c'est un indicateur qui nous permet de lever du capital supplémentaire pour assurer notre développement à plus long terme. Mais le but final de la banque est de financer des initiatives innovantes dans le domaine du développement durable et par ce biais-là de contribuer au développement d'un monde plus équitable et plus sain pour nos descendants.

Le quatrième élément clé qui fait particulièrement la différence aujourd'hui, c'est que l'action Triodos n'est pas cotée en Bourse. Elle se vend et s'émet sous forme de certificats d'actions; elle n'est donc pas sujette à des mouvements spéculatifs, la hausse ou la baisse à court terme. Elle implique aussi des actionnaires, qui ne sont pas là pour faire des bénéfices à court terme mais qui veulent véritablement participer au développement des ambitions de Triodos et qui croient à la mission de Triodos.

D'où est venue cette stratégie? Etait-ce une approche visionnaire d'un ensemble de personnes qui se sont dit qu'elles allaient faire autre chose?

Oui, tout à fait. Des académiciens, des banquiers et de simples particuliers ont réfléchi, il y a 25 ans, au rôle de l'argent dans la société. Ils se sont rendus compte que placer son argent dans une banque X ou Y était un acte politique dans le sens noble du terme, un choix qui pouvait influencer aussi l'orientation de la société. Et faisant ce constat, ils ont dit qu'il n'y a finalement aucune banque qui se propose comme un choix de société. Ils ont défini une série de critères stricts selon lesquels cet argent serait réinvesti dans des projets qui contribueraient à améliorer la société. Ils ont commencé à faire la promotion de la 1ère banque qui a été créée aux Pays-Bas après la Seconde Guerre mondiale. Aujourd'hui, nous sommes actifs dans plus de 5 pays européens dont l'Angleterre et l'Espagne.

TRIODOS, UNE PETITE VEDETTE RAPIDE

Pourquoi vos confrères des banques commerciales et privées ne suivent-ils pas votre mouvement?

Je n'ai pas envie de montrer du doigt mes confrères et je n'ai pas fait l'analyse de leur situation. Je crois que Triodos est une petite vedette rapide si on veut faire la comparaison avec la navigation et que certaines grandes banques sont de grands paquebots très lourds à manoeuvrer. Et il est très facile pour Triodos d'aller explorer de nouvelles approches et orientations là où il est beaucoup plus difficile pour les gros paquebots que sont les banques de réorienter totalement leur politique. Mais ce que nous constatons, c'est que certaines banques récupèrent par ci par là des concepts qui ont été lancés par Triodos.

Comment Triodos va-t-elle créer de nouvelles stratégies pour répondre à l'actuelle crise financière?

Je crois que nous allons surtout continuer sur notre stratégie actuelle qui a démontré sa valeur. On est une banque qui est capable de grandir à un certain rythme et on ne se voit pas grandir à un rythme 10 à 20 fois supérieur. Puisque notre caractéristique est de récolter de l'épargne pour investir dans des crédits et des projets à valeur ajoutée au niveau environnemental et sociétal, c'est essentiellement de là que doit venir l'initiative et il faut qu'il y ait plus d'entrepreneurs et d'innovateurs sociétaux qui se lèvent et qui arrivent avec des projets intéressants vers la banque. Dès lors l'épargne suivra.

NOUVELLES ENERGIES, PERSPECTIVE D'AVENIR

Quel est votre atout clé par rapport à l'investissement, qui vous permet d'être différent et plus fort?

En matière de crédit, c'est la maîtrise des domaines dans lesquels nous sommes actifs. Nous sommes le premier financier d'éoliens en Belgique. Il n'y a pas un projet éolien qui se réalise en Belgique ou dans le nord de la France qui ne nous soit pas soumis pour obtenir une cotation. Le positionnement de Triodos comme le spécialiste dans les énergies renouvelables est bel et bien présent. La concurrence du marché joue mais nous sommes en tous cas perçus comme des acteurs importants du domaine. Dans la culture, c'est tout aussi vrai. Je crois qu'à peu près tous les théâtres, cinémas et compagnies de danse connaissent Triodos comme la banque qui est capable d'escompter leurs subsides, et ce, rapidement. Je prends l'exemple de Rosas où Triodos a financé à l'époque l'Ecole de danse de Anna Teresa de Keersmaeker.

Vous parlez de transparence, quelle est la relation menée avec le gouvernement?

Comme les exigences de l'Etat en matière de transparence sont bien moindres que les exigences que nous nous imposons à nous-mêmes, je dirais qu'au niveau du reporting vers les autorités de contrôle, la Commission bancaire, financière et des Assurances (CBFA) et la Nederlandse Bank puisque nous sommes une banque d'origine hollandaise, les rapports que nous fournissons à ces deux instances sont conformes à ceux exigés. Nous fournissons à nos clients les informations complémentaires sur nos activités à travers le magazine trimestriel Triodos. Nous avons toujours voulu être un modèle de transparence et un innovateur en la matière, presque une banque laboratoire dans ce domaine.

Quand vous avez commencé vos études, imaginiez-vous être aujourd'hui à cette position, dans un secteur assez innovateur?

J'ai commencé mes études de droit sans trop savoir vers quoi elles allaient me mener. J'ai fait ensuite des études d'instituteur parce que j'étais passionné par la réforme de la société et je croyais que la voie royale pour réformer une société était la formation et l'enseignement. Ultérieurement, je me suis dit qu'il y avait probablement deux voies royales pour réformer la société. C'était l'enseignement mais aussi la disposition des fonds et des investissements nécessaires pour réaliser des projets. J'ai finalement opté pour la finance.

J'ai été membre de la direction de la banque Bruxelles Lambert, d'ING, de PNB Paribas. J'ai travaillé dans de très grandes banques. J'ai toujours été obsédé, passionné par la responsabilité sociétale du banquier. J'ai personnellement toujours cru que le banquier, qu'il soit un banquier dit éthique ou durable, ou un banquier classique avait un rôle majeur de facilitateur d'innovations et de projets à valeur sociétale ajoutée. Et il est clair que c'est au sein de la Banque Triodos et dans ses valeurs que je me retrouve le plus.

DES REVES D'ENVERGURE POUR UN MEILLEUR FUTUR

Avez-vous encore des rêves fous à réaliser?

Il y a plein de choses à réaliser. J'aimerais réaliser rapidement un fonds de capital à risques qui investirait dans des entreprises d'économie sociale marchande et dans des entreprises à finalité durable. C'est un rêve qui n'est peut-être pas tellement fou car quand j'en parle à des patrons d'entreprises ou à des personnes avec de grands moyens financiers, les réactions sont positives. Ils sont conscients qu'il faut absolument que dans ce pays où on a un des taux entrepreneurial les plus bas au monde, on donne les moyens de relancer des entreprises innovantes.

Un autre souhait serait de lancer un fonds d'épargne-pension éthique parce que l'argent qui est épargné pour les pensions, pour dans 20 ou 30 ans, devrait être investi selon des principes durables et éthiques. Personne ne souhaite découvrir le jour de sa pension qu'il a effectivement décuplé son capital mais que cela s'est fait au détriment de la qualité de la vie et qu'à ce moment-là, imaginons qu'il serait impossible de passer un weekend à la mer tellement la pollution de l'eau serait devenue importante.

L'INSTITUTION BANCAIRE A L'IMAGE DU SYSTEME SANGUIN DANS NOTRE CORPS

Quel regard portez-vous sur l'actuelle crise? L'aviez-vous anticipée?

C'est une question très complexe, c'est certainement un regard triste parce que je crois qu'on a détruit, par un phénomène involontaire, la confiance dans l'institution bancaire en général. L'institution bancaire est quelque chose qui est absolument nécessaire dans nos sociétés comme le système sanguin est nécessaire au corps. En même temps, les gens ont fait preuve d'une maturité qui devrait inspirer des réflexions du côté de nos gouvernants et également sur le degré de transparence et de communication auquel le citoyen a droit.

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