Pendant que Red Lions et Panthers assurent le spectacle à Boom, les coulisses du hockey belge de haut niveau troquent, chaque année un peu plus, leur tunique d’amateur contre une panoplie de professionnel. Et dans cette évolution, l’argent prend de plus en plus de place. Problème : il y a peu de chance qu’il tombe par paquets de millions comme dans d’autres disciplines…

"Le mécénat et les bonnes volontés ne suffisent plus" , juge d’emblée Patrick Goldberg, manager du Beerschot, pensionnaire de division d’honneur chez les messieurs. La plupart des clubs d’élite prenant le virage de la professionnalisation, les frais ont grimpé en flèche depuis quelques années : construction de nouveaux terrains, infrastructures améliorées, joueurs (étrangers) à payer, encadrement étoffé et lui aussi rétribué, gestion des aspects administratifs, etc. Les clubs font donc leur mue, sur fond d’engouement inédit et massif : à l’échelle nationale, le nombre d’affiliés augmente chaque année de façon régulière, et flirte avec les 35 000 membres. C’est deux fois plus qu’il y a dix ans. Tout le monde n’en profite pas de façon identique (voir Epinglé), mais surtout, l’argent des cotisations ne suffit pas.

La question du sponsoring n’en est que plus cruciale, tant les aides des pouvoirs publics restent aléatoires. "Il n’y a pas d’afflux de nouveaux sponsors" , constate-t-on au Royal Antwerp. "Le hockey en club reste trop peu médiatisé, donc ce sont des acteurs locaux ou de niche, comme les private bankers, qui sont intéressés" , explique Steve De Meester, responsable du sponsoring à l’Antwerp. L’homme sait de quoi il parle, puisqu’il est également directeur du pôle private banking chez Deutsche Bank Belgique. Ne cherchez donc pas plus loin le sponsor n°1 du club… "Plusieurs de mes enfants jouent au club , continue-t-il. Le sponsoring reste souvent une affaire de liens, de bonnes relations entre des clubs et leurs membres." Même constat au Beerschot : JIM Mobile, une radio du Persgroep, n’est pas arrivée par hasard sur les maillots des joueurs. La fille de Christian Van Thillo, CEO du Persgroep, joue au "Bee". "Tout cela se fait en toute discrétion , ajoute Patrick Goldberg. Et il ne faut pas croire que la vague sur laquelle surfe le hockey rend les candidats sponsors plus nombreux : certains partent, d’autres arrivent. Chez nous, c’est un statu quo. La crise se fait sentir, et il y a dans la région anversoise d’autres clubs attractifs." Le constat est similaire à l’Antwerp : les tarifs sont stables, voire en légère baisse. "Pourtant, si on veut continuer à hausser le niveau et gagner en visibilité, les sponsors eux-mêmes doivent comprendre que leur apport est capital. Ils doivent considérer cela comme un investissement, auprès d’un sport bénéficiant d’une belle image" , ajoute Steve De Meester. A Bruxelles, le Léopold, autre pensionnaire prestigieux de l’élite, a vu son nombre de jeunes affiliés augmenter de 70 % depuis 2008 : "Nous arrivons à conserver nos sponsors les plus fidèles, comme CBC, et à augmenter les tarifs chez chacun d’entre eux" , se réjouit Cédric Deleuze, président de la section hockey. Certains sponsors sont donc prêts à délier davantage les cordons de la bourse. "Vu que certains de nos joueurs sont officiellement salariés du club, constitué en SA, et que nous réfléchissons à élargir le mouvement, nos frais augmentent. Notre nombre d’affiliés nous oblige aussi à louer des terrains en dehors du club." Le succès, c’est donc aussi un coût…

A côté des banques, ce sont les constructeurs automobiles qui sont les partenaires privilégiés des clubs de l’élite : la quasi-totalité d’entre eux ont des accords sous forme de mise à disposition de véhicules. Un jeu que certains estiment dangereux s’il n’est pas totalement transparent, notamment au niveau fiscal. L’argent n’est pas le seul nerf de la guerre. L’économie au noir appartient sans doute au temps des pionniers, quand les clubs tournaient grâce à la passion de quelques-uns. Mais elle n’a pas encore tout à fait disparu dans l’élan de professionnalisation du hockey.