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Le Corriere della Sera publie jeudi in extenso la lettre "secrète" envoyée début août par la Banque centrale européenne (BCE) à Rome, pour lui demander de prendre des mesures urgentes afin de rassurer les marchés, qui a suscité une vive polémique en Italie.

Dans cette lettre datée du 5 août, le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, et le gouverneur de la Banque d'Italie, Mario Draghi, qui va lui succéder le 1er novembre, appellent Rome à "une action urgente", "essentielle pour restaurer la confiance des investisseurs" alors que les marchés étaient en panique face au risque de contagion de la crise de la dette à l'Italie. MM. Trichet et Draghi insistent notamment sur la nécessité pour l'Italie d'arriver à l'équilibre budgétaire dès 2013, soit un an plus tôt que l'objectif fixé par le plan d'austérité adopté mi-juillet.

La BCE appelle aussi Rome à "intervenir davantage sur le système de retraites", notamment en alignant plus rapidement l'âge de départ en retraite des femmes sur celui des hommes dans le privé, à durcir les règles de remplacement des fonctionnaires partant à la retraite et à baisser "si nécessaire" les salaires dans la fonction publique. Enfin, l'institution de Francfort souligne l'urgence d'adopter des "mesures significatives pour renforcer le potentiel de croissance", en libéralisant les services et les professions, en réformant le marché du travail ou en privatisant des services public locaux.

Contactée par l'AFP, la BCE s'est refusée jeudi à tout commentaire sur la publication de cette lettre. La plupart de ces recommandations avaient été suivies immédiatement par le gouvernement de Silvio Berlusconi, qui avait annoncé, dès le 5 août au soir, sa décision d'anticiper l'équilibre budgétaire à 2013 dans le cadre d'un nouveau plan de rigueur draconien, entériné par le Parlement le 14 septembre. Trois jours plus tard, la BCE rachetait des obligations italiennes sur le marché afin de calmer les tensions. M. Trichet a toutefois assuré début septembre qu'il n'y avait eu "aucune négociation" entre la BCE et Rome pour conditionner ces rachats à l'adoption de nouvelles mesures.

L'annonce de l'existence de cette lettre en août avait suscité une vive polémique en Italie, l'opposition ayant accusé Silvio Berlusconi d'avoir placé le pays sous "tutelle".