Parfois je me suis trompé, mais je ne vous ai jamais menti. Je peux accepter des critiques sur ma manière de communiquer mais je n'ai jamais caché les positions de KBC." L'ex- CEO de KBC, André Bergen, a tenu à mettre les points sur les "i' hier lors d'un déjeuner d'adieu avec la presse. Mais avec ce ton poli et posé qu'a toujours pris ce banquier de 59 ans, lui aussi emporté par la terrible crise financière.

Sa carrière a, on se souvient, été brutalement brisée quand le 9 mai il a été hospitalisé alors que KBC négociait avec les autorités belges (régionales et fédérales) son troisième plan de sauvetage. André Bergen a aussi expliqué ses ennuis de santé. Afin aussi de couper court à certaines rumeurs selon lesquelles il s'agissait d'une "mise en scène".

Il faut dire qu'il y avait de quoi avoir des palpitations. Souvenons-nous. A l'assemblée des actionnaires, le 30 avril 2009, les propos d'André Bergen ne laissent pas penser qu'on s'achemine vers un troisième plan. Pourquoi n'avoir rien dit à ce moment-là et même précédemment ? "C'était le choix entre la peste et le choléra. Il était très difficile de venir avec beaucoup de clarté. Je pouvais difficilement communiquer ce que je ne savais pas", explique l'ancien CEO. On se souvient que KBC avait un gros portefeuille de CDO (papier de crédits structurés notamment hypothécaires) assuré par la compagnie américaine MBIA. Or, on avait appris le 18 février que MBIA connaissait d'importantes difficultés. Ce qui allait conduire à des nouvelles provisions pour KBC. Le tout était de calculer pour quel montant. Et c'est là que cela s'est compliqué. Car tous les paramètres de valorisation avaient volé en éclat.

Bref, le 18 février restera pour André Bergen un de ses plus mauvais souvenirs. Tout comme d'ailleurs ce jour où le gouverneur de la Banque nationale Guy Quaden, auditionné en Commission de la Chambre, a laissé entendre que d'autres banques belges - après Fortis et Dexia - pourraient être mal mises. "Après ces déclarations, on a reçu des coups de fil de Taïwan. Je connais bien Guy. Il était embarrassé. Je sais qu'il n'a pas voulu dire cela", raconte André Bergen. Qui avoue aussi qu'il en était venu à appréhender les questions des analystes en ces temps tourmentés.

A posteriori, il reconnaît qu'il n'a pas eu la bonne approche au moment des investissements dans les CDO. "Cela semblait un actif prudent. Mais on a trop regardé sur base de la valeur sous-jacente des actifs et pas sur la base d'un marché qui ne fonctionne pas. C'est une leçon qui nous a coûté cher. On a fauté par excès de modélisme. On maîtrisait les produits mais on ne maîtrisait plus les éléments à la base des estimations de ces produits."

Toutefois, il refuse de remettre en cause le modèle de banque de KBC. Il ne croit pas à la séparation, comme certains économistes le prônent, entre les activités banque d'affaires et banque de dépôt. "Il est impossible de faire une simple banque de dépôt. On ne va plus faire marche arrière."

Il concède néanmoins qu'on a été "trop loin" dans la complexité des produits et qu'on doit aller vers une "simplification". Il refuse aussi de cautionner l'idée également en vogue que les banques étaient devenues trop grandes. "Il n'y a pas de réponse absolue."

André Bergen est donc conscient qu'il a fait des erreurs de jugements mais, ajoute-t-il, "il n'y avait peu de points de repères". Il savait que certaines de ses décisions allaient déclencher une avalanche de critiques. Et il n'en est pas sorti totalement indemne. "J'ai passé des mois terribles, hallucinants. J'en ai gardé un peu plus de cicatrices..."

© La Libre Belgique 2009