Le ministère public requiert 5 ans de prison, dont 3 fermes, une amende et une saisie spéciale contre Jo Lernout, Pol Hauspie et Nico Willaert, jugés depuis octobre dernier devant la cour d'appel de Gand. Il a requis la même peine pour Gaston Bastiaens, mais sans la saisie.

Selon le ministère public, Jo Lernout et Pol Hauspie ont commis une fraude au sein de leur entreprise pour gagner du temps. Il n'a jamais été dans leurs intentions de faire des "milliers de victimes financières". C'est pour cette raison que le ministère public n'a pas requis la peine maximale.

Dans sa tentative de réaliser une "Silicon Valley" en Flandre occidentale, la direction de L & H a sciemment trompé des milliers d'investisseurs, a affirmé le ministère public lors du réquisitoire concernant la peine à infliger aux prévenus dans ce dossier de fraude. "Ils avaient un idéal pour lequel ils n'ont peut-être pas vu au début qu'ils s'engageaient sur des voies frauduleuses, mais peu à peu, ils ont pleinement su qu'ils étaient en train de tromper tout le monde", a-t-il conclu.

Quid de Dexia et KPMG ?

Le ministère public a également requis trois ans de prison, dont un ferme, et une amende contre Carl Dammekens et deux ans, dont neuf mois fermes, et une amende pour Dirk Cauwelier. Contre Erwin Vandendriessche et Marc De Pauw, le parquet général a requis deux ans de prison, dont neuf mois fermes. Le ministère public a également demandé 18 mois de prison ferme, une amende et une saisie spéciale à l'encontre de Francis Vanderhoydonck. Si le juge ne retient pas l'unité d'intention, le ministère public demande une condamnation pour délit d'initié.

Le parquet général a encore requis un an ferme et une amende à l'encontre de Patrick De Schrijver et six mois de prison ferme et une amende contre Philip Beernaert et Christophe Lammar. Une peine de 18 mois de prison ferme a été requise à l'encontre de Thomas Denys, de même qu'une amende et la saisie de la vente de ses actions en tant qu'initié.

Le réviseur KPMG encourt une amende et une saisie spéciale. Le ministère public a demandé 5 ans, dont deux ans fermes, et une amende à l'encontre de William Van Aerde. Dexia Banque Belgique risque une amende et une saisie spéciale sur le rendement des crédits octroyés. Un an de prison ferme et une amende ont été requis à l'encontre de Geert Dauwe, et une amende à l'encontre de LHSP SA. Le ministère public a enfin requis un an de prison ferme et une amende à l'encontre de Philip Vermeulen et cinq ans de prison, dont trois fermes, une amende et une saisie spéciale à l'encontre de Tony Snauwaert.

Ni Jo Lernout, ni son avocat n'ont voulu réagir après l'audience. L'avocat de Pol Hauspie, l'autre fondateur de l'entreprise, a déclaré que le ministère public ne s'était pas posé en ange exterminateur et qu'on pouvait parler d'une grande objectivité durant tout le réquisitoire.

"Confiance entamée"

La direction de L & H cherchait à atteindre un idéal, mais la chance se trouvait juste derrière l'horizon, a déclaré le substitut du procureur du Roi Willem de Pauw lundi après-midi pour motiver son réquisitoire sur les peines. Dans ses attendus, le ministère public a tenu compte de plusieurs facteurs. "Il y a les dommages énormes pour les parties civiles et pour notre économie. Les personnes qui ont investi réfléchiront à deux fois avant d'investir à nouveau dans du capital à risque", a affirmé le substitut. "Leur confiance en des personnes comme le réviseur ou les banques est certainement entamée aussi".

La seule raison pour laquelle le ministère public n'a pas requis la plus lourde peine pour les deux fondateurs est qu'ils n'avaient l'intention, au début, que de gagner le temps nécessaire à leur entreprise pour que la technologie devienne rentable. Ils pensaient que tout le monde y trouverait son compte, selon les substituts. "Au fil du temps, c'est devenu difficile", a poursuivi le ministère public. "Ils n'avaient jamais pensé qu'ils seraient pris aussi vite". Les deux architectes n'ont, contrairement à quelques autres prévenus, retiré aucun profit personnel de leurs malversations. "Cela n'enlève rien au fait qu'ils ont commis une fraude", ont ajouté les substituts.