Jo Lernout, Pol Hauspie, Gaston Bastiaens, Nico Willaert : les fondateurs et anciens dirigeants de l'entreprise Lernout & Hauspie, tous les quatre inculpés, ont répondu présents lundi pour l'ouverture du procès Lernout & Hauspie devant la cour d'appel de Gand.

Arrivé avant 9 heures au Palais des Congrès de Gand spécialement aménagé pour l'occasion, Jo Lernout n'a pas résisté à (re) donner sa version des faits aux nombreux journalistes qui l'interrogeaient. Aux accusations de bilans truqués, il a répondu qu'il y avait bien un chiffre d'affaire réel et derrière celui-ci une technologie qui marche. Et il compte bien plaider son innocence tout en essayant de prouver que ce sont les Américains qui ont mis par terre ce qu'ils percevaient comme un concurrent menaçant dans la technologie de la reconnaissance vocale.

Pol Hauspie, lui, s'est abstenu de faire le moindre commentaire, préférant en laisser la primeur à la justice. Quant à Gaston Bastiaens, il affichait un air plutôt décontracté tout en gardant ses distances vis-à-vis deux cofondateurs de l'entreprise et de Nico Willaert.

Les autres parties (morales et physiques) inculpées étaient elles dans la plupart des cas représentées par leurs avocats (plus d'une demi-douzaine pour la banque Dexia).

Double message

Le substitut Ann De Brakeleer a ouvert le feu en lançant un double message adressé d'une part à Jo Lernout et d'autre part aux médias. "La question n'est pas de savoir si la technologie était bien fiable chez les particuliers, mais bien s'il y a eu fraude par le biais de présentations de résultats fictifs, ce qui aurait fait perdre de l'argent à des milliers d'investisseurs", a-t-elle souligné.

Elle a aussi tenu à démentir des articles de journaux affirmant que tout a été fait pour que ce procès ait lieu immédiatement devant la cour d'appel (grâce à l'inculpation d'un juge suppléant), ce qui a permis de supprimer un degré de juridiction (le tribunal correctionnel d'Ypres).

"Les banquiers, des bandits"

Pendant les heures qui ont suivi, plusieurs centaines d'actionnaires (570) lésés se sont constitués partie civile patiemment. D'autres attendaient dans une salle à peine remplie à moitié. Ils n'avaient pas l'air particulièrement effondrés, juste un peu en colère. "Vous pouvez dire que les banquiers sont des bandits", lance un d'entre eux aux médias.

Pourquoi tous ces actionnaires réagissent-ils si tard ? Pourquoi n'ont-ils pas rejoint Deminor et Test-Achats qui représentent 13 368 actionnaires ? La société de défense des minoritaires et l'association des consommateurs avaient mis comme critère de sélection l'achat des actions au plus tard le 21 septembre 2000, soit quand les premiers articles accablants étaient déjà sortis. Selon Bernard Thuysbaert, associé chez Deminor, il n'est donc pas exclu que beaucoup des actionnaires aient acheté leurs actions après cette date.

Au cours de l'après-midi, les avocats avaient la possibilité d'invoquer les problèmes de procédure. Les avocats de deux parties inculpées (dont celui de Philip Vermeulen l'ex-patron de FLV Fund) ont demandé une suspension et donc plus de temps pour défendre leurs clients, l'un d'entre eux soulignant que son client avait été mis en cause tardivement (en 2006). La cour d'appel doit donner une réponse mercredi.

Quant au ministère public, il s'est engagé à remettre son réquisitoire aux inculpés et aux parties civiles au plus tard pour le 15 juillet.