REPORTAGE MONIQUE BAUS

L'ambiance est forcément un rien particulière. À deux pas de l'usine VW de Forest se tient un important rendez-vous entre ceux qui cherchent un travail et les employeurs. C'est à l'Abbaye de Forest, en effet, qu'est organisé le deuxième JobDay de 2007 (1).

Les demandeurs d'emploi ne sont pas là par hasard. Chacun d'entre eux est envoyé par l'Orbem, une mission locale, une association patronale ou une société d'intérim. Et, comme le veut le système, les offres d'embauche sont sélectionnées en fonction d'un secteur particulier. Thème du jour, cette fois-ci : un "Spécial ouvriers et techniciens".

Ce qui frappe, d'emblée, c'est le monde. L'affluence donne un côté brouillon à l'ensemble que rien de chaleureux ne corrige. A peine à l'abri des intempéries dans le sas d'entrée, six conseillers en plein courant d'air sont alignés derrière une table de fortune. Ils constituent le premier contact du visiteur qui, la porte d'entrée tout juste franchie, se prête chez l'un d'eux à un premier entretien.

Chacun s'extraira de ce couloir que la cohue fait sembler minuscule, muni des documents indispensables à sa quête. Dont un topo détaillé des fonctions recherchées par les quelque 25 employeurs représentés sur les deux étages de la Bourse.

Chaque demandeur d'emploi a son histoire, ses déceptions, ses attentes. Il n'y en a pas deux semblables. Deux grands groupes se distinguent néanmoins. D'un côté, des travailleurs d'expérience licenciés à l'occasion des restructurations qui ont fait "la Une" des journaux. Et de l'autre, un public peu expérimenté.

Ce deuxième groupe semble être bien plus volumineux que le premier. Les employeurs présents évoquent d'ailleurs leur difficulté à trouver les profils adéquats. Un exemple, en électricité : "Beaucoup insistent sur leurs compétences parce qu'ils ont effectué des travaux électriques dans des maisons, mais nous demandons un autre niveau de qualification", explique Sophie Vermeire des Ressources Humaines chez Axima Suez, très demandeuse. "Entre 15 et 20 postes sont immédiatement vacants", confirme sa collègue Isabelle Walschaerts.

Les échos sont les mêmes dans les autres "stands". Chez Fabricom Suez (où pas moins de 400 personnes seront engagées cette année !), outre les problèmes de qualification, les conseillers évoquent le manque de flexibilité horaire et géographique, et la connaissance insuffisante du néerlandais. Les deux chaises vides auxquelles font face les deux recruteuses d'Aleris Aluminium Duffel confirment ce frein linguistique. Ici, pas un mot de français n'est prononcé. Tout se passe en néerlandais.

La tranquillité de ce comptoir tranche avec l'interminable file qui témoigne de l'attrait de quelques autres entreprises. Comme la Stib, Sodexho, Carrefour et, généralement, les boîtes d'intérim.

Il est presque midi, maintenant, et les candidats continuent à arriver. Quelques couples avec des enfants. Une poignée de très rares (vu les profils recherchés sans doute) femmes. Les recruteurs font leurs comptes. Ceux que nous abordons affirment avoir croisé plusieurs candidats intéressants, mais pas assez.

C'était bien en face...

Quelques files et entretiens plus tard, les visiteurs aussi, font leur bilan. Edouard Waegeman et Michel Degransart, en particulier. Et pour eux, à ce stade, encore rien de concret.

A 51 et 54 ans, ils étaient dans le train des prépensionnés de VW Forest, après plus de 31 ans de service.

"J'étais quand même chef d'équipe", songe Edouard qui détaille avec beaucoup d'enthousiasme et de fierté la cadence et la valeur des voitures dont il présidait à la fabrication. "Et moi", enchaîne son compère, "un des ouvriers les plus qualifiés, les plus polyvalents et donc les mieux payés". Rien d'amer ne transpire de l'attitude des deux hommes. Juste une réflexion. Que c'était quand même bien, en face. Et que, si avoir pu progresser aussi longtemps dans la même entreprise était un avantage dedans, cela pourrait peut-être constituer un inconvénient maintenant. "Allez, on continue ?"



Monique Baus

(1) Depuis octobre 2005, plusieurs Bourses pour l'emploi sont organisées chaque année en Région bruxelloise. Il en reste quatre en 2007 : le 1er juin autour du tourisme, de l'artisanat et de l'Horeca; le 29 septembre autour de la mobilité européenne; le 9 novembre sur les thèmes de la chimie, la pharmacie, la santé et la science; et le 14 décembre sur ICT et environnement.

© La Libre Belgique 2007