Nous avons commis une terrible, une monstrueuse erreur." L’aveu du P.-D.G. de la JPMorgan Chase, qui a essuyé une perte cruelle de 2 milliards de dollars, accumulée au cours des six dernières semaines, est d’autant plus édifiant que celle-ci provient de l’enchaînement irréfléchi d’opérations de couverture à risque. Précisément, celles que les banquiers de la planète juraient la main sur le cœur de ne plus opérer, après l’hémorragie de capitaux qu’elles avaient suscitée. Cinq ans à peine après le début de la crise financière, les mêmes pratiques irresponsables refont surface. Les banquiers - qui engagent l’épargne des particuliers - continuent à "jouer" des sommes astronomiques et à prendre des positions inconsidérées. Jusqu’à ce que le piège finisse par se refermer sur eux, au risque de tout emporter.

JPMorgan avait été la seule grande banque américaine à rester bénéficiaire lors de la crise de 2008. Fort de cette réputation, son patron Jamie Dimon s’était fait le chantre inconditionnel de l’antirégulation et le farouche opposant du contrôle renforcé des banques. Il tombe aujourd’hui de haut ! Et il ne fera pas croire que la fraude qui l’affecte relève d’une simple erreur d’exécution

Décidément, après Jérôme Kerviel, antihéros de la Société générale en 2008, et Fabrice Tourre, courtier au "service" de Goldman Sachs, les traders français ont sublimé le "casino banking". Bruno Michel Iksil, dit "Voldemort" ou "la baleine de Londres", était jugé "audacieux". A l’instar de ses compères, il n’a pu agir "seul".

La supervision des banques et le strict contrôle des pratiques ont été approuvés sur papier, mais les combats d’arrière-garde et le lobbying du secteur les ont vidés d’une part de leur substance. On en mesure aujourd’hui les conséquences.