C'est notre confrère luxembourgeois, l'hebdomadaire "D'Letzebuerger Land", qui le révélait dans son édition de vendredi : le remboursement - à concurrence de 20 000 euros par client - aux déposants des trois banques islandaises installées au Luxembourg, actuellement en sursis de paiement, coûterait pas moins de 300 millions d'euros. Un chiffre qui nous a été confirmé par l'Association pour la garantie des dépôts Luxembourg (AGDL), où l'on nous a indiqué qu'il pourrait "être un petit peu supérieur" . En ajoutant que "l'on peut espérer procéder aux premiers remboursements vers la mi-novembre". En cas de faillite.

Luc Frieden rassurant

Mais on n'en est pas encore là et, vendredi, le ministre luxembourgeois de l'Economie, Luc Frieden, a déclaré que "la place financière internationale luxembourgeoise veut donner aux épargnants et clients la même protection qu'ailleurs, d'où la décision de porter la garantie à 100000 euros. Un projet de loi va être rédigé en ce sens. Pour la plupart des épargnants luxembourgeois (mais donc aussi les clients étrangers, NdlR), cette mesure est purement théorique car le gouvernement donne la priorité à la recapitalisation des banques. Cette mesure n'est évidemment pas rétroactive. Pour Kaupthing, le Luxembourg appliquera donc les dispositions actuelles (20000 euros). Mais nous cherchons une solution pour que cette garantie ne soit pas nécessaire grâce à une continuation des activités de la banque luxembourgeoise et belge. Nous cherchons une solution pour voir comment ces banques pourraient être mises en situation pour une reprise. Des sociétés financières sont intéressées. Mais tout se fera entre les administrateurs judiciaires et ces sociétés. Le Luxembourg n'a rien à vendre mais vise l'intérêt des clients des deux banques. On verra le gouvernement islandais au moment que je juge opportun, avec le même objectif. S'il devait ne pas y avoir de solution, nous chercherons alors à voir comment pouvoir rembourser plus que les 20000 euros."

Solution plus large

Rappelons qu'il n'y a pas que Kaupthing qui est en sursis de paiement, mais aussi deux autres petites institutions, Glitnir Nak Luxembourg et Landsbanki Luxembourg, qui avaient d'ailleurs eu recours à cette procédure juste avant Kaupthing. Notre confrère luxembourgeois indique que Kaupthing compte quelque 12 000 clients sur un total de 15 000 pour les trois banques. Ces chiffres nous ont été confirmés à bonnes sources. Les trois institutions ont obtenu du Tribunal d'arrondissement de Luxembourg un délai de six mois pour présenter leur avenir (éventuel) mais, en entamant dès ce lundi les procédures de mise en route de remboursement, l'AGDL va au maximum de ses possibilités au regard de sa mission légale.

Tout est en place

"Les formulaires de demande de remboursement sont disponibles sur notre site Internet (www.agdl.lu) et ils le seront aussi très vite, physiquement, en version papier. Dès ce lundi 20 octobre, l'équipe d'une quarantaine de personnes que nous avons constituée va commencer à encoder toutes les demandes et procéder aux vérifications vis-à-vis des clients. Y compris bien sûr pour les clients de Kaupthing Belgique qui en font la demande puisque cette banque est une succursale de Kaupthing Luxembourg. Nous allons alors lancer l'appel de fonds aux banques puis commencer les remboursements."

Une fois encore, on met tout en place pour parer à la situation extrême. Mais, en arrière-plan, les politiques s'activent. Une délégation luxembourgeoise est partie au Qatar en mission économique. On peut toutefois imaginer que la mission aurait avantage à profiter de sa présence sur place pour évoquer avec le Cheikh Mohammed Bin Khalifa Al-Thani, propriétaire de 5 pc de Kaupthing Bank, le sort de la banque islandaise...