A cause de la crise du "subprime" (obligations à risque), la publication des résultats annuels des grands groupes financiers est attendue avec impatience mais aussi appréhension. En Belgique, la KBC était, jeudi, la première à dévoiler ses chiffres. Et elle est venue avec des bonnes nouvelles. Son bénéfice a augmenté au dernier trimestre de 12 pc à 708 millions d'euros, et elle a clôturé l'année avec un profit de 3,281 milliards, en baisse de 4 pc (lire ci-dessous). "Nous observons une activité sous-jacente soutenue. Nous sommes très positifs sur notre business model", a expliqué André Bergen.

Ce qui est surtout notable, c'est la faible exposition du groupe au "subprime". "A ce stade, il n'y a pas un euro du portefeuille de perdu", a souligné André Bergen. Mais la KBC a quand même dû acter des dépréciations sur les CDO (Collateralized Debt Obligations) en raison des règles IFRS qui imposent de donner une photo instantanée de la valeur des actifs. Ce qui n'est toutefois pas évident. Ces règles sont basées sur le principe du "mark to market", qui vise à comptabiliser les actifs à leur valeur de marché. Or, certains actifs ne sont pas négociables dans le contexte actuel et n'affichent dès lors pas de prix. Ce qui impose l'utilisation de la valeur de marché estimée ("mark to model").

Faut-il dès lors remettre en cause les règles IFRS ? "Il est trop tôt pour y répondre. Le but de ces règles, c'est d'accroître la transparence des entreprises et leur comparabilité. Mais personne ne s'attendait à ce qu'il n'y ait plus de prix de marché. D'où la difficulté d'évaluer certains actifs", a répondu M. Bergen. "La crise actuelle est aussi une crise des règles comptables", a-t-il ajouté.

Mais malgré l'opacité et la complexité de certains produits, KBC a voulu expliquer son exposition au "subprime" de la manière la plus simple possible.

Son portefeuille de CDO, ces portefeuilles d'obligations créés sur base de créances de différents types (prêts hypothécaires, cartes de crédit etc.), s'élève à 6,9 milliards d'euros dont 13 pc sont liés à du "subprime" de surcroît, dont le défaut de paiement devrait être limité. "Nous avons toujours investi de manière prudente", a souligné Herman Agneessens, Chief Financial Officer.

Lequel ne croit toutefois pas que la crise actuelle va condamner les CDO. "Les marchés réagissent trop tard, sont trop cyniques et oublient trop vite", nous a-t-il expliqué. Et de rappeler que le scandale LTCM n'a pas sonné le glas des "hedge funds". Que du contraire.

Au niveau du "subprime", KBC a donc imputé une perte de 70 millions après impôts au quatrième trimestre, auxquels il faut ajouter des provisions de 23 millions pour couvrir le risque de contrepartie de l'assurance crédit. On est loin des milliards de pertes des banques américaines.