En Belgique, comme dans sept autres Etats européens, les paiements par cartes sont l'apanage d'une filiale conjointe des banques. La commissaire européenne chargée de la concurrence, Neelie Kroes, estime qu'il s'agit d'un obstacle à la concurrence. En présentant le rapport intérimaire de la Commission consacré aux cartes de paiement, elle a affirmé que «les entreprises et les consommateurs ne bénéficient pas encore d'un marché européen pleinement compétitif».

Le rapport épingle notamment les transactions par le biais de cartes de crédit Visa et Mastercard en Belgique. Une «joint venture» des banques belges, Bank Card Company (BCC), est l'intermédiaire exclusif. «Le marché des cartes de crédit est pourtant déjà ouvert», réagit la porte-parole de Febelfin, l'association qui chapeaute le secteur financier et bancaire belge. Le porte-parole de BCC le confirme: «Notre position est confortable, mais nous devons composer avec des concurrents comme Citibank et Europabank. Si nous bénéficions d'une part de marché importante, c'est grâce à notre présence historique et parce que notre savoir-faire est reconnu. Le secteur des paiements électroniques belge est l'un des plus compétitifs, ce qui explique la difficulté d'y entrer.»

Neelie Kroes a néanmoins des propos peu amènes vis-à-vis des banques en général. «Elles réalisent trop de bénéfices», assène-t-elle. «Leurs tarifs peuvent provoquer une hausse des prix de détail allant jusqu'à 2,5 pc. Et c'est une moyenne, vous imaginez!», a-t-elle lancé, parlant «d'impôt à la consommation». On peut payer «12 fois plus pour sa carte dans un pays que dans un autre», précise Neelie Kroes. En Belgique, «les tarifs sont parmi les plus concurrentiels», assure le porte-parole de Banksys, entreprise conjointe des banques belges qui assure les paiements par carte de débit. Ainsi, l'«interchange fee», soit la commission payée par l'établissement financier du vendeur à celui de l'acheteur, est de moins de 10 euros dans notre pays alors qu'il s'élève à plus de 60 euros ailleurs.

Reste que la Commission réclame plus de concurrence entre les banques, l'entrée d'autres fournisseurs sur les marchés et la révision de la fixation des prix. «Nous avons besoin d'un marché unique compétitif des cartes de paiement», souligne Neelie Kroes. La Commission songe à des actions dans le cadre des règles antitrust. «Le paradis, c'est fini!», prévient la commissaire. Les acteurs du secteur ont jusqu'au 21 juin pour formuler leurs observations. La Commission décidera ensuite s'il faut prendre des mesures dans certains cas.

© La Libre Belgique 2006