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Engagée dans un processus d'absorption du télédistributeur Brutélé, l'Association liégeoise d'électricité (ALE) s'apprête à faire entrer dans son giron huit câblo-distributeurs wallons (lire ci-contre). Les discussions sont en cours de finalisation. "C'est une des plus grandes opérations industrielles en Wallonie depuis des années et le fruit d'un long cheminement. Notre objectif est de garder les centres de décisions de la télédistribution et du câble en Communauté française plutôt que de les voir à Malines (NdlR : Telenet)", dit Stéphane Moreau, directeur général de l'ALE.

Financièrement, le montant en jeu est substantiel. L'opération (achat et investissements) s'élèverait à environ 500 millions d'euros, dont 100 millions de cash que déboursera l'intercommunale liégeoise, le reste étant apporté par un consortium de deux banques (Dexia et Fortis).

Sur le plan social, "ce ne sera pas une fusion restrictive, il n'y aura donc pas de diminution d'emploi", précise son président, le député permanent liégeois André Gilles (PS). Pour Pol Heyse, futur directeur financier du futur géant, l'opération serait synonyme de création de dizaines d'emplois, mais "tout dépendra de notre capacité d'intégration du réseau acquis".

Success story liégeoise

L'évolution de l'ALE s'apparente à une "sucess story". C'est en 1923 qu'elle est créée avec, pour mission première, la distribution de l'électricité à l'initiative de l'institution provinciale liégeoise. Outre la Province, huit communes de la région (Awans, Bierset, Cerexhe-Heuseux, Chênée, Grivegnée, Embourg, Hermée, Melen) s'embarquaient dans le vaisseau de départ. Elles seront rejointes en 1925 par 24 communes du plateau de Herve, de Hesbaye et d'Ardenne. L'ALE s'engage en 1968 sur la voie de la diversification avec la mise en place d'un réseau de télédistribution pour alimenter le territoire qu'elle dessert en électricité.

Aujourd'hui, l'ALE compte 54 communes associées qui détiennent ensemble 40 pc des parts, les autres 60 pc sont dans les mains de l'institution provinciale. Passée depuis le 1er janvier au statut de Gestionnaire de réseau de distribution (GRD) en matière d'électricité, l'ALE garde en direct la fourniture de chaînes télé, d'accès à Internet et l'ouverture de lignes téléphoniques.

Très politisée au regard de ses actionnaires (les quatre partis politiques démocratiques sont au bureau exécutif) qui sont tous des pouvoirs publics, l'ALE n'en demeure pas moins une structure où compétence, stratégie industrielle et financière ainsi que défi technologique sont les maîtres-mots. Depuis le 1er décembre 2006, elle a absorbé la Socolie (dont elle détenait déjà 67 pc des parts), le holding énergétique qui détient des parts dans l'électricien SPE. Elle devient ainsi actionnaire de la Société de production d'électricité (SPE) dont elle détient 25 pc du capital. La valeur d'entreprise des deux entités (ALE-Socolie) est évaluée à 1,5 milliard d'euros.

Aujourd'hui, l'ALE emploie 970 personnes (sans compter Brutélé et les huit câblos) et affiche un chiffre d'affaires de plus de 360 millions d'euros.