Une autorité allemande de protection des données personnelles a ordonné mardi à Facebook de suspendre durant trois mois l'utilisation des données que mettrait à sa disposition le service de messagerie WhatsApp dans le cadre de la modification controversée de ses conditions de confidentialité. Le régulateur indique dans un communiqué avoir "émis une ordonnance interdisant à Facebook Ireland de traiter les données personnelles de WhatsApp dans la mesure où cela est fait à ses propres fins".

Johannes Caspar, chef de l'Autorité de protection des données de Hambourg, où est basé le siège de la filiale allemande du réseau social américain, estime que cette décision "vise à préserver les droits et libertés des millions d'utilisateurs qui donnent leur consentement aux conditions d'utilisation dans toute l'Allemagne".

Résultant d'une procédure d'urgence, la décision est valable trois mois et le régulateur de Hambourg annonce soumettre l'affaire au Comité Européen de la Protection des Données, organe compétent au sein de l'UE pour faire respecter les règles parmi les Vingt-sept.

WhatsApp, le service de messagerie de Facebook, a présenté il y a plusieurs mois de nouvelles règles de confidentialité accusées par ses détracteurs d'élargir la collecte des données des deux milliards d'utilisateurs.

Repenser le mécanisme de consentement 

Après avoir déjà décalé de plusieurs mois l'entrée en vigueur des nouvelles dispositions, WhatsApp a annoncé début mai qu'il retardait de nouveau leur application stricte.

L'annonce des changements avait provoqué la colère de nombreux utilisateurs, inquiets à l'idée que la messagerie ne partage davantage de données avec sa maison-mère Facebook.

"Les critiques formulées dans le monde entier à l'encontre des nouvelles conditions d'utilisation devraient inciter à repenser fondamentalement le mécanisme de consentement, une fois de plus", écrit encore le régulateur allemand.

Il souligne qu'il ne s'agit pas seulement de protéger la vie privée des utilisateurs mais aussi d'éviter l'utilisation des données "pour influencer les décisions des électeurs afin de manipuler les choix démocratiques", citant la proximité des élections législatives du 26 septembre en Allemagne où WhatsApp compte près de 60 millions d'utilisateurs.

WhatsApp a défendu ces nouvelles règles, assurant qu'elles n'affectaient pas la confidentialité des messages échangés avec amis et famille, mais étaient avant tout destinées à aider les entreprises à mieux communiquer avec leurs clients via la plateforme, notamment pour leur permettre d'y vendre directement leurs produits.