Roger Mené fut président du lobby des indépendants et PME de 1974 à 2008. Rarement une personnalité du monde socio-économique pouvait être assimilée à l’institution qu’il représentait. Roger Mené, président de l’Union des classes moyennes (UCM) de 1974 à 2008 (!), était de celles-là.

Liégeois pure souche – il était né à Ougrée en 1927 -, l’homme a porté l’UCM sur les fonts baptismaux pour en faire l’organe de représentation que l’on connaît. Le verbe haut et bien tranché, sa carrière à l’UCM ne fut pas des plus tranquilles mais personne ne lui contestera le développement du statut pour les indépendants et petits patrons, à qui il a donné une voix, un statut et sans doute aussi de la dignité, comme il se plaisait à le dire.

Une victime à la présidence

Président un peu par hasard de l’UCM en 1974 – “parce qu’il fallait bien une victime consentante” – Roger Mené, qui était chimiste de formation, s’est battu pour la défense des indépendants, faisant en sorte que “l’UCM devienne le seul groupe social francophone de services aux entreprises avec une caisse d’assurances sociales, un secrétariat social, un guichet d’entreprises et des services d’accompagnement à la création, au développement et à la promotion d’une économie durable”, précise un communiqué de l’institution patronale, devenue sous sa présidence membre à part entière du G10, du nom de ce groupe réunissant les principaux lobbys syndicats et patronaux du pays, dont la mission est notamment de négocier la norme salariale et de discuter des matières liées à l’emploi.

Si l’homme disait avoir du respect et même des amis dans le cercle syndical, il leur a livré un combat âpre, sans jamais tomber dans l’excès verbal. “Au G10, son obsession, c’était de ne pas avoir les syndicats dans les PME. Le maintien du seuil à 50 personnes, c’est lui. Quand la FEB (Fédération des entreprises de Belgique, ndlr) faiblissait, il leur disait : “Si vous cédez, je sors et je dis pourquoi je suis sorti””, nous explique une source qui l’a bien connu.

Un franc-parler indéniable

A la tête d’une entreprise liégeoise spécialisée dans le commerce de chauffage et d’électroménager (les établissements Mené-Godechard, situés à Seraing), Roger Mené pouvait aussi faire face au politique sans sourciller. Et parfois même sans leur laisser la parle. Et avec Joëlle Milquet, il fallait le faire…

Ainsi, il y a près de 15 ans, alors le CDH l’avait invité à une rencontre avec Joëlle Milquet, alors présidente, et les cadres CDH en charge des indépendants et PME, l’homme a parlé pendant une heure, sans discontinuer. Une des cadres de l’UCM, qui l’accompagnait, sort consterné de cette discussion. “A la sortie, il me dit :

- Il me semble que ça a été… (formule habituelle dans son chef).

- Ben oui… mais non. Joëlle Milquet n’a rien pu dire.

- Mais ce qu’elle pense des indépendants, je m’en fous. C’est moi qui les connais et l’important, c’est qu’elle m’écoute”.

Il faut dire qu’il avait parfois une confiance relative dans les ministres qu’il a côtoyés ! “Il disait des ministres, “à force de se faire encenser, ils finissent par croire qu’ils sont compétents””, rapporte notre source.

Mais il avait de l’estime pour les politiques et leur travail. “Il était fier d’avoir des entrées dans la plupart des cabinets”, poursuit notre source patronale. Homme de passion, travailleur acharné jusqu’à son dernier souffle, le Baron Roger Mené – il ne se prévalait jamais de ce titre, mais ce fils d’immigré en était fier – s’est éteint. Et avec lui, un franc-parler qu’on ne retrouve plus si facilement…