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L'appétit des fonds «private equity» est toujours aussi vorace

ARIANE van CALOEN

Publié le - Mis à jour le

ÉCLAIRAGE

Cet été est particulièrement chaud sur le front des acquisitions. Il y a deux semaines, un consortium d'investisseurs, dont le fonds américain KKR (Kolhberg Kravis Roberts), offrait 33 milliards de dollars pour racheter le groupe hospitalier américain HCA. C'est la plus importante acquisition jamais réalisée par des sociétés d'investissements. Quelques jours auparavant, France Télécom ouvrait des négociations exclusives avec KKR en vue de lui céder sa part de 54pc dans PagesJaunes pour au moins 3,3 milliards d'euros. Et pas plus tard que jeudi, ce même KKR et Apax Partners confirmaient qu'ils envisageaient de faire une offre d'achat sur le plus gros distributeur de bijoux du monde, le groupe britannique Signet. L'offre avoisinerait les 3,4 milliards d'euros. Plus près de chez nous, le rachat d'ABX, filiale de transport par route de la SNCB, par le fonds 3i vient d'être validé par la Commission européenne. Il y eut avant cela notamment l'entrée de CVC dans le capital de La Poste.

Enormément d'argent

Comment expliquer cette frénésie? «Tout cela n'est pas nouveau», souligne Geert Noels, chief economist chez Petercam. C'est la troisième vague, la première remontant aux années 80 et la deuxième aux années 90.

La raison principale de cette nouvelle vague: «Il y a énormément d'argent», souligne Geert Noels. En 1996, le marché européen du capital-investissement (private equity) a «levé», c'est-à-dire collecté en vue de réinvestir, près de 8 milliards d'euros. Neuf ans plus tard, les levées de fonds ont atteint 60 milliards, selon l'Association européenne du capital-investissement et du capital-risque (EVCA). Tous ces fonds sont à la recherche d'opportunités d'investissement. Ils se ruent autant sur des sociétés cotées que non cotées. Mais, souligne Geert Noels, les études montrent qu'ils n'offrent pas à long terme un rendement supérieur aux marchés des actions. Ce qui n'exclut pas que certains fonds puissent atteindre un rendement supérieur.

Effet de levier

De plus, les actionnaires du «private equity» «sous-estiment certains risques». Un: la liquidité peut être moins importante que prévu. Deux: l'effet de levier procuré par un endettement élevé peut être dangereux dès l'instant où les taux d'intérêt remontent -ce qui est le cas- et où la conjoncture économique est moins bonne. Rien ne dit donc que les conditions qui étaient propices à ce genre d'opérations dans le passé le resteront à l'avenir. «On est probablement dans la phase romantique du private equity», en déduit Geert Noels. Reste à voir si la gestion de ces investisseurs est la meilleure. Dictée par le seul intérêt de l'actionnaire, cette gestion se caractérise en tout cas par des «mesures draconiennes et rapides». Pour un groupe comme HCA chez qui «les problèmes s'accumulaient», cela ne devrait pas faire de tort.

© La Libre Belgique 2006

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