L’attente à Opel Anvers

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Vincent Rocour

Publié le

L’attente à Opel Anvers
© BELGA

Reportage

L’attente. Ce mardi, sur le site Opel d’Anvers, tout ramène à l’attente. La fine bruine. Le ciel gris. Les têtes enfoncées dans les épaules. Les mines renfrognées. Un calme assourdissant. Et puis une curieuse équipe de télévision étrangère arpentant l’immense parking de l’entreprise à la recherche d’une improbable prise de vue.

C’est que ce jour de travail pourrait être le dernier pour les 2 800 travailleurs du site. L’un des derniers en tout cas. En fin d’après-midi (heure locale), les dirigeants de General Motors doivent présenter à l’administration Obama les grandes lignes de leur plan de restructuration. Or, depuis quelques jours, dans la presse, on évoque de plus en plus ouvertement une fermeture brutale.

Sans espoir

Mardi matin, une dépêche, aussitôt relayée sur toutes les radios nationales, venait d’ailleurs donner un peu plus de poids à la rumeur. Elle annonçait que, selon l’agence Bloomberg, généralement très bien informée, General Motors (GM) avait l’intention de fermer quatre sites de production en Europe et que parmi ces quatre-là figurait bien celui d’Anvers.

De quoi tuer les dernières illusions. Les toutes dernières. Parce que les travailleurs semblent avoir déjà fait le deuil de leur travail à Opel. "C’est l’attente, résume laconiquement un ouvrier tout juste sorti de l’immense hangar abritant les chaînes de production. L’ambiance est plombée. On ne se fait pas d’illusion pour notre boulot. GM va privilégier les emplois aux Etats-Unis." L’homme coupe court à la conversation. "Excusez-moi, lâche-t-il avec un timide sourire crispé. Je dois m’en aller." Manifestement, il n’a pas envie de parler de tout cela.

Deux employés rejoignant leur voiture répercutent le même écho. "On n’y croit plus, confie le plus âgé des deux. Le site va fermer. Aucun nouveau modèle n’a été prévu pour succéder à l’Opel Astra. C’est un très mauvais signe. Les choses ont fort évolué en dix ans, vous savez. On était alors 10 000." Comme pour illustrer son propos, il jette machinalement un regard sur le parking du personnel à moitié vide.

A l’intérieur du bâtiment, dans un local situé à côté du bureau d’embauche, la délégation syndicale est comme le reste du personnel : en attente. "Tout le monde travaille, explique Jan, délégué CSC. Mais le cœur n’y est pas."

La délégation syndicale a l’air presque prise au dépourvu. "Nous n’avons pour l’heure programmé aucune action." Comme pour tenter de conjurer le sort sans doute.

Au bout du site, un transporteur chargé de huit Astra neuves franchit les grilles du parc automobile pour se fondre dans le flot de camions sillonnant le port d’Anvers.

Des grilles que les syndicats fermeront peut-être dès ce mercredi.

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