Après plusieurs jours d'attente et d'angoisse, le couperet est enfin tombé pour VW à Forest. Les 5 400 travailleurs de l'usine (5 225 collaborateurs et 174 intérimaires) s'attendaient à des pertes d'emplois mais pas à une restructuration d'une telle ampleur. Les départs n'ont pas été chiffrés précisément lors du conseil d'entreprise. Mais ce sont 4 000 emplois (3 500 ouvriers et 500 employés) qui devraient disparaître sur le site puisque celui-ci ne fabriquera plus la Golf, ont annoncé les syndicats à l'issue de cette réunion. "La production de la Golf va être concentrée sur les sites allemands de Wolfsburg et de Mosel (ex-Allemagne de l'Est), en raison des restructurations nécessaires pour utiliser pleinement nos capaci tés", a déclaré, pour sa part, Reinhard Jung, le président du conseil d'administration de VW Forest, ajoutant que deux tiers des membres du personnel bruxellois étaient concernés.

Le constructeur allemand justifie cette décision par la surcapacité de ses usines automobiles en Europe de l'Ouest. "Les usines de Volkswagen ne sont pas utilisées à pleine capacité malgré la hausse des parts de marché. Les cours de change par rapport au dollar et les dispositions douanières sur les marchés en pleine expansion empêchent entre autres d'étendre les possibilités d'exportation depuis l'Europe de l'Ouest". Et de rappeler que Volkswagen a entamé une restructuration approfondie des sites allemands, avec à la clé 20 000 suppressions d'emplois sur 100 000.

Selon le responsable allemand, la production de la Polo (11 000 véhicules cette année) sera maintenue à Bruxelles, mais aucune décision n'a encore été prise quant aux volumes. "On pense qu'on pourra maintenir 1 500 emplois à Forest, a-t-il expliqué. Mais le nombre définitif des travailleurs concernés dépendra des discussions à entamer entre employeur et travailleurs et des volumes de production de la Polo. On verra lors des discussions si on peut sauver plus d'emplois".

60 000 à 80 000 Polos

Aucune décision n'a encore été prise sur la construction éventuelle des nouveaux modèles à Forest, attendus pour 2008. M. Jung a confirmé qu'une fermeture du site bruxellois n'était pas envisagée, même "à plus long terme". "VW soutient le site de Bruxelles. Nous essayons de trouver une solution constructive", a-t-il dit. "Nous sommes conscients de notre rôle social à Bruxelles et nous essaierons de trouver une solution socialement acceptable pour les travailleurs".

Cette annonce a fait l'effet d'une bombe parmi le personnel de VW Forest et provoqué de vives réactions en Belgique, les responsables politiques se disant "choqués" par une décision "politique" (lire par ailleurs).

Pour les syndicats, il s'agit clairement d'une "fermeture déguisée ou en deux temps de l'usine". "On se dirige vers une mort lente de VW Forest", souligne Pascal Van Cauwenberge, le délégué principal de CSC de l'usine. "La production du modèle Polo (NdlR : on parle de 60 à 80 000 véhicules qui seraient rapatriés de Pampelune) ne garantit pas sa viabilité". L'usine a, en effet, une capacité de production de 250 000 voitures et on a toujours estimé que descendre en dessous de 200 000 véhicules n'était plus rentable.

Comment pérenniser le site ?

La priorité des syndicats est à présent d'essayer d'infléchir les décisions de la direction allemande. "On va essayer de garder une production de Golf en 2007 car il n'a pas encore été dit clairement si sa production était concentrée sur les deux sites allemands à partir de l'année prochaine ou de 2008, pour la nouvelle génération de Golf", explique Jan Van der Poorten, le délégué de la FGTB.

Les syndicats craignent aussi que les travailleurs qui garderont leur emploi ne doivent accepter de travailler plus longtemps, soit 40 heures par semaine contre 35 heures actuellement et à un salaire proche du salaire minimal du secteur. Ces conditions pourraient servir de monnaie d'échange pour obtenir la fabrication de nouveaux modèles dès 2008.

Lors d'une rencontre, hier en fin d'après-midi, les syndicats et le Premier ministre Guy Verhofstadt étaient unanimes : il faut un plan industriel - prévoyant les modèles qui seront produits à Forest après 2008 - pour pérenniser l'avenir de l'usine bruxelloise et de ses 1 500 emplois restants. Guy Verhofstadt a, par ailleurs, pris rendez-vous, début décembre, avec la direction allemande.

13 000 emplois sur le gril

La restructuration annoncée chez VW Forest ne s'arrête hélas pas là. Elle pourrait menacer directement ou indirectement 13 000 personnes.

Une assemblée générale de l'ensemble du personnel de VW Forest se tiendra ce matin à 10 heures. Une première réunion entre la direction et les syndicats est, par ailleurs, prévue jeudi.

© La Libre Belgique 2006