Après avoir été le précurseur de la voiture hybride avec la Prius, Toyota dit ne pas croire à l’essor de la voiture électrique pure et annonce au "Tokyo Motor Show" l’arrivée de la pile à combustible.

Pour les Européens, le Salon de Tokyo a longtemps été un rendez-vous exotique, entre un design surprenant et décalé, des technologies futuristes de pointe et des modèles aux allures de vitrine parmi lesquels on discernait difficilement les simples prototypes et les voitures susceptibles d’être exportées. Entre crise, campagne américaine anti-Toyota et tsunami, les constructeurs locaux n’ont pas été ménagés ces dernières années, et leur Salon en a lui aussi souffert.

Aujourd’hui, le yen dévalué de quelque 20% sert bien leurs intérêts dont ceux de Toyota qui produit 40% de ses voitures sont produites localement, au lieu de 20% par exemple chez Nissan. Dans le concert de déclarations propres à un Salon très médiatisé, c’est surtout Toyota qu’on entend dans les allées d’une exposition qui a ouvert ses portes mercredi. Son président Takeshi Uchiyamada avait déjà lancé le débat dans une interview au "Wall Street Journal":« La raison pour laquelle nous n’introduisons aucun produit tout électrique majeur est le fait que nous ne croyons pas à l’existence d’un marché pour l’accepter ».

En clair, après avoir été le précurseur de la technologie hybride avec la Prius à succès, Toyota parie dès maintenant sur la pile à combustible (PAC) et annonce les premiers exemplaires du FCV (Fuel Cell Vehicule) en 2015. Pour rappel, cette technologie fait appel à de l’hydrogène et à l’air ambiant qui, via un catalyseur, se transforment en électricité et en vapeur d’eau. Hydrogène et PAC remplacent ainsi les batteries de la voiture électrique et résolvent à la fois le problèmes d’autonomie (500 km pour la Toyota développant 136 ch) et de temps de recharge, les deux réservoirs d’hydrogène étant remplis en quelques minutes.

De moins en moins de platine dans la pile à combustible

Loin d’être neuve, la pile à combustible déjà vue sur de nombreux prototypes n’a pas encore été disponible à grande échelle dans l’automobile. En cause, le prix très élevé d’une technologie complexe et du platine nécessaire à la catalyse, mais aussi les contraintes liées au transport, au stockage, à la distribution et à la sécurité de l’hydrogène qui, sur le FCV, prend place dans deux réservoirs en matériaux composites et très résistants pour résister à une pression de 700 bars. "Nous avons déjà réduit la quantité de platine de 100 à 30 gr, dit-on chez Toyota, et 10 gr devraient suffire en 2020 lorsque le FCV sera produit en grande série". Aujourd’hui, on ne connaît pas le prix auquel seront vendus les premiers exemplaires mais les estimations varient entre 50 et 85.000 euros. Le développement de ce marché demandera aussi la mise en place d’infrastructures, d’où le choix de privilégier dans un premier temps la Californie où les installations existent. Car dans le monde, on compte quelque 200 stations à hydrogène tout au plus , dont… une en Belgique fermée après avoir alimenté des prototypes BMW à hydrogène.

Mais si le délai de lancement est plus long que prévu, Toyota pourra toujours compter sur ses modèles hybrides dont une version cabriolet sur base de la Prius est dévoilée à Tokyo. "Lors de la présentation de la Prius, on nous a dit qu’il ne s’agissait qu’il ne s’agissait que d’un modèle de transition avant la pile à combustible mais on a pu se rendre compte que ce pont était aussi long que solide," ironise Takeshi Uchiyamada à propos d’un modèle vendu à près de 3,5 millions d’exemplaires depuis 1997!L’ironie, c’est aussi le ton adopté à Tokyo par Carlos Ghosn, PDG de l’Alliance Renault-Nisssan et chantre de la voiture électrique, qui s’est interrogé sur les infrastructures qui pourront être opérationnelles d’ici à 2015 pour disposer de l’indispensable hydrogène.

Honda a précédé Toyota en Californie

Dans l’immédiat, Nissan expose à Tokyo une luxueuse BladeGlider électrique qui rivalisera peut-être avec la Tesla californienne. C’est aussi en Californie que circule depuis deux ans déjà une Honda FCV Clarity produite en petite série, avant la présentation au Salon de Los Angeles d’un prototype FCEV Concept. Toujours parmi les constructeurs asiatiques, le Coréen Hyundai a entamé cette année des tests de la ix35 FECV attendue à un millier d’exemplaires. Et Mercedes, qui a présenté une Classe B PAC en 2011, a conclu au début de cette année un accord avec Ford et Renault-Nissan pour développer la pile à combustible. Bref, les initiatives se multiplient pour préparer l’avènement de cette autre forme de voiture à "zéro émission".

La question reste de savoir quel constructeur sera en pointe le premier et surtout quelles seront les parts de marché respectives en 2020 de ces trois technologies utilisant l’électricité: moteur uniquement électrique, hybridations diverses associant moteurs essence ou diesel et électrique (VW expose à Tokyo une Twin-Up hybride rechargeable) et pile à combustible. Sans perdre de vue que la majorité des véhicules seront encore équipés de "bons vieux" moteurs thermiques.