On parle plus de l'e-book, qu'on ne l'utilise. Les éditeurs belges semblent plus enthousiastes que la France à l'idée de passer au numérique, mais elle ne dispose pas encore des moyens nécessaires pour investir dans cette révolution. Auteur, éditeurs, imprimeurs, distributeurs, libraires, annonceurs sont autant de maillons de la chaîne impliqués dans le monde du livre. Qu'en est-il en Belgique?

Si on peut commander le nouveau Kindle via le site d'Amazon, il est pour l'instant impossible d'acheter un e-book dans les grandes surfaces en Belgique francophone. Les services de management des produits électroniques de la Fnac expliquent cette absence du marché par "des problèmes de technicité de téléchargements" et paraissent très incertain quant à l'avenir de l'e-book sur le marché belge, pour ne pas dire ignorants.

Bernard Gérard, directeur de l'Association Des Editeurs Belges revient de la foire du livre à Frankfort et souligne le changement des mentalités chez les éditeurs : "il est clair que les éditeurs sont beaucoup plus enthousiastes qu'il y a dix ans, à l'idée de numériser leurs contenus. Ils éprouvent de plus en plus d'intérêt pour ce nouveau support dans lequel ils voient la possibilité de reprendre leurs places de leader sur le marché du livre. Mais les éditeurs ont avant tout une réaction pragmatique ; ils préfèrent se préparer à cette révolution, plutôt que d'essayer d'y échapper". Cependant, le nombre d'éditeurs belges à avoir entamer la marche vers la numérisation reste faible. "La numérisation nécessite des moyens financiers considérables : il faut une équipe d'informaticiens spécialisés qui adaptent la formes des contenus au web, créer des agrégateurs de contenus, des services de distributions et de diffusion en ligne..." explique Bernard Gérard.

Le marché du livre en Belgique est essentiellement dominé par les livres en sciences humaines et la bande dessinée contrairement au marché de la France qui est dominé par les livres de littérature générale. Des éditeurs comme De Boeck, spécialisés dans les livres scientifiques et universitaires, possèdent dès lors les fonds nécessaires à la numérisation et voient en celle-ci une sortie supplémentaire sur le marché du livre.

Fabienne Rynik, directrice générale de la maison d'édition Luc Pire, aimerait se diriger vers un système comme les éditions De Boeck, c'est à dire une numérisation qui circulerait dans un circuit ouvert au travers des sites en ligne des librairies. "Nous ne voulons pas exclure le libraire de la scène du livre". Pour l'instant, seuls des actes de colloques ou des thèses universitaires sont téléchargeables gratuitement sur le site internet de Luc Pire. Bernard Gérard de l'ADEB souligne aussi le potentiel attractif que pourrait avoir la bande dessinée sur les e-books, puisqu'elle représente 53% du marché global du livre en Belgique et qu'elle s'exporte très bien. Mais avant de voir des BD numérisées, il faut attendre la nouvelle génération de e-books en couleurs...

Emilu Berrios De Leon, étudiante en master de gestion culturelle à l'ULB, a consacré son mémoire au sujet du marché du livre électronique. Le manque de documentation concernant le marché de l'e-book en Belgique l'a conduit à se concentrer sur l'étude du phénomène en France. "Le panorama en Belgique est très brouillé. Il y a une très forte concurrence avec les éditeurs français. Une grande maison d'édition comme De Boeck a d'ailleurs été rachetée par le groupe français Editis".

Les éditeurs belges semblent plutôt enthousiastes à l'idée de se préparer à cette révolution au sein du monde du livre. Ils y voient une opportunité supplémentaire pour diffuser les livres et surtout, ils gardent confiance en la pérennité du papier. Pascale Fonteneau, responsable des programmes francophones à la maison de la littérature Passa Porta ne craint pas l'arrivée de l'e-book, "Le papier a une durée du vie bien plus longue que celle d'un support électronique. Le livre est avant tout une oeuvre culturelle palpable qui permet de laisser une trace". Avant que le livre électronique ne s'introduise entre les mains des belges comme une pratique courante, de nombreuses structures aussi bien juridiques que techniques doivent être mis en place.