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Leur mort est annoncée pour le 31 août à minuit. Leur enterrement pour le 31 décembre. Leur... fossoyeur ? La Ville de Bruxelles et le projet Neo (centre commercial, hôtel, logements, zone de loisirs, espace vert) qu’elle a lancé sur son plateau du Heysel. Les attractions Mini-Europe et Océade, puisque c’est d’elles qu’il s’agit, sont condamnées à fermer leurs portes; leur administrateur délégué, Thierry Meeùs, aura alors 4 mois pour les démonter. Ce qu’il n’envisage pas de gaîté de cœur.

Loi Renault

Premier effet de cette prochaine disparition : il a déclenché le processus de la loi Renault pour ses 120 employés. Une décision que certains lui ont reprochée, alors qu’il ne pouvait "pas faire autrement". "J’étais obligé d’en passer par la loi Renault, explique Thierry Meeùs. Je ne peux contester la validité du contrat de concession avec Brussels Expo et son renom. Heureusement, mon personnel fait bloc devant moi, et j’apprécie."

Deuxième effet : une masse de propositions de repli - plus d’une trentaine - émanant tant de villes belges qu’européennes : Braine-l’Alleud, Middelkerke et "d’autres stations balnéaires de la côte" dont il préfère taire le nom, le bassin d’Arcachon (France), l’île de Salamine (Grèce), Bakou (Azerbaïdjan) Des pistes qu’il veut explorer "confidentiellement et sans que cela soit dans la presse", ajoute-t-il. Entre autres critères importants, il pointe la proximité avec Bruxelles, "question de déplacement pour l’équipe".

L’heure n’est toutefois pas encore aux alternatives. Thierry Meeùs n’a jamais caché qu’il préférait éviter un déménagement. "Techniquement et financièrement, ce n’est pas évident, dit-il. Un Mini-Europe neuf se chiffre à plus de 15 millions d’euros, dont quasiment 40 % pour les monuments miniatures et les animations miniatures, 50% pour l’infrastructure du parc (chemin, bassin, câblage) et 10 % dans les frais de lancement. C’est très coûteux. C’est pour cela qu’il n’y a pas énormément de parcs miniatures", le plus proche étant celui de Madurodam, aux Pays-Bas. "La rentabilité d’un parc miniature dépend par ailleurs fortement de sa localisation. A Mini-Europe, il a fallu plus de 20 ans pour obtenir un bénéfice cumulé."

Pour Océade, les propositions se limitent au rachat des toboggans. "Il faut quasiment recommencer à zéro, explique Thierry Meeùs. Même si les toboggans sont modernes (les siens datent de 2012, la décision de l’investissement ayant été prise longtemps auparavant, NdlR), les démonter et les remonter représente 50 à 60 % du prix. Et puis, ils ne sont que la partie visible. Ce qui coûte ce sont les bassins, vestiaires, machineries, filtrations "

Au-delà des aspects pratiques du déménagement, il y a aussi les aspects personnels. "Ce n’est pas facile. J’avais un bon projet. J’ai essayé de le faire sincèrement. Je me suis impliqué."

Contacts avec le futur

A 143 jours de la date fatidique, Thierry Meeùs envisage toujours son maintien sur le site. "La clé est à la Ville, car c’est elle qui gère Neo. Avec le "dialogue compétitif" engagé avec trois consortiums privés (qui espèrent chacun emporter le réaménagement et le développement immobilier du site, NdlR) , elle peut orienter le projet. Va-t-elle, par exemple, maintenir dans son plan l’axe piétonnier qui détruit Océade ?" Tantôt à sa demande, tantôt à la leur, Thierry Meeùs a eu des contacts avec lesdits consortiums, sachant néanmoins que "pour les promoteurs d’un centre commercial, si Mini-Europe offre une image, Océade offre surtout une clientèle belge". Aucun n’a pris de position formelle et définitive, même si "cela devrait aller de soi qu’il vaut mieux garder les loisirs existants (en termes d’investissement comme de gestion) que d’investir dans des nouveaux", rappelle-t-il.

Autres grosses incertitudes : la planification (Pras démographique, ZIR), les impacts (bruit, parkings, mobilité, accès) et l’agenda. "Rester pourrait aussi représenter un risque, dit-il. Quid si Neo prend 10 ans pour sortir de terre ou si le tourisme en voiture n’est plus possible ?"

Et le tourisme dans tout çà ?

C’est là - surtout - que le bât blesse. "La mauvaise planification de la Ville a déstabilisé les deux parcs plutôt que les encourager à réfléchir à leur expansion, déplore Thierry Meeùs. Le personnel est inquiet; notre énergie est portée vers notre maintien plutôt que vers la gestion et le développement. Les tours-opérateurs hésitent à encore nous programmer. Nous mesurons la perte de deux T.-O. indiens et de visites en groupes. Je m’interroge sur l’objectif de la Ville, sur son manque d’attention au tourisme et à son aspect économique. Vous ne trouvez pas étonnant que la Chambre de commerce de Bruxelles n’ait fait aucun commentaire sur la fermeture des parcs ? A la côte, les cités balnéaires savent ce qu’est le tourisme."