Depuis 2000, la Région wallonne peine toujours à garder le rythme de croissance européen, constate l'Union wallonne des entreprises (UWE) à la lecture des chiffres officiels des Produits intérieurs bruts régionaux pour 2004.

L'économie wallonne a connu cette année-là une croissance économique de 2,4 pc identique à celle de l'Union européenne mais inférieure à celle de la Belgique (2,6 pc). Et sur la période 2000-2004, la croissance wallonne n'atteignait qu'1,7 pc contre 2,1 pc pour l'Europe des 25 et 2 pc pour la Belgique.

Parmi les chiffres qui inquiètent l'UWE, figure celui de l'investissement wallon. Entre 2001 et 2003, il a diminué de 3,7 pc alors qu'en Flandre, il augmentait d'1,4 pc. Les premiers mois de l'année 2005 ont confirmé cette tendance morose puisqu'ils se sont traduits par un ralentissement.

Les derniers mois de l'année passé incitent en revanche à plus d'optimisme. L'UWE s'attend pour 2006 à une reprise de la croissance wallonne à un taux de 2,5 pc. L'enquête qu'elle a menée auprès de 200 entreprises wallonnes montre une forte hausse des intentions d'investissement (46 pc contre 33 pc en novembre 2005). Ces chiffres sont positifs, estime l'Union, mais insuffisants.

"Nous n'avons toujours pas un rythme de croissance qui nous permettrait de rattraper notre retard par rapport à l'Union européenne et la Belgique. En dépit d'une légère amélioration, la Wallonie arrive tout juste à se maintenir la tête hors de l'eau", a souligné le directeur du département économique de l'UWE, Didier Paquot.

L'un des points noirs mis en avant par l'Union est celui du chômage. L'année passée, le nombre de demandeurs d'emploi inoccupés n'a cessé de croître et au début de cette année, il a atteint le seuil historique de 270.000 alors qu'en Flandre, il a diminué de façon très nette depuis le deuxième semestre 2005.

Cette persistance du chômage a amené les responsables de l'UWE a plaidé en faveur d'une réforme profonde du marché du travail. "Il est temps de mettre en oeuvre des mesures structurelles de réforme profonde du marché du travail. Si l'on regarde les pays qui ont pu diminuer drastiquement leur taux de chômage et augmenter significativement leur taux de croissance, c'est en réformant le marché du travail", a expliqué l'administrateur-délégué de l'Union, Vincent Reuter.

Il épingle divers problèmes pour y parvenir, dont la complexité institutionnelle de la Belgique où 3 niveaux de pouvoir sont compétents pour la politique de l'emploi. Il ne préconise toutefois pas de régionalisation accrue de ce domaine mais plutôt un rapprochement entre la Communauté française et la Région wallonne sur ce point.

Il fustige aussi les obstacles que mettent certains, dans le monde politique et surtout dans le monde syndical, à la mise en oeuvre de mesures structurelles qui assureraient davantage de flexibilité et de mobilité, baisseraient de façon significative et lisible les charges qui pèsent sur le travail ou réduiraient les piègesà l'emploi.

"La capacité de la Wallonie à s'aveugler elle-même est ahurissante", a-t-il dit.

La qualité de l'enseignement retient aussi l'attention de l'UWE qui interpelle les responsables politiques. "On peut faire toutes les analyses que l'on veut mais il y a un fait: l'enseignement n'est pas à la hauteur de ce que l'on pourrait attendre. Je ne veux pas mettre en cause de responsabilité particulière mais si le ministre de l'enseignement n'est pas responsables de l'état de l'enseignement, alors qui l'est? Les politiques ont mis l'enseignement dans l'état où il est. Inutile de pleurer sur le lait répandu mais maintenant, le politique doit redresser la barre", a lancé M. Reuter.

Il appelle les politiques, les enseignants, les familles et aussi les entreprises à travailler dans cette voie, "en évacuant la fable des moyens insuffisants". "Il y a eu un refinancement mais à quoi a-t-il servi?", s'est-il demandé.