Analyse

Les sites de jeux illégaux ont proliféré au cours des dernières années, souvent hébergés dans des pays plus ou moins exotiques. Ce sont des sites de casinos ou de poker, tous plus illégaux les uns que les autres au regard de la loi belge.

Quelque 300 000 Belges seraient des "accros" réguliers de ces sites, misant, bon an, mal an, un bon paquet d’euros. La fourchette basse de l’estimation évoque ainsi une centaine de millions d’euros de mises placées sur ces sites illégaux. C’est peut-être plus, allez savoir.

Ces sites illégaux n’en sont pas moins une réalité, que la Belgique s’est attelée à combattre dans le cadre de la nouvelle législation sur les jeux d’argent, entrée en vigueur le 1er janvier 2011. Comment ? Tout simplement en... légalisant les jeux de hasard et autres paris sportifs en ligne, mais dans un carcan législatif très strict: les moins de 21 ans, par exemple, ne pourront pas miser sur l’un des sites légaux de jeux en ligne, tout simplement parce que l’accès leur sera refusé. De même, le système cadenasse les pertes maximum des joueurs. Enfin, et surtout, les sites devront répondre à une longue série de critères pour obtenir le feu vert de la Commission des Jeux de hasard.

La Belgique a, en effet, musclé les pouvoirs de la Commission des Jeux de hasard, chargée de faire régner l’ordre dans un secteur à la fois "inconnu et mal-aimé", comme le soulignait voilà peu Etienne Marique, magistrat, président de ladite Commission.

"Nous sommes confrontés à des marchés illégaux particulièrement agressifs, qui ne suivent aucune règle, qui n’excluent pas les joueurs trop jeunes, qui n’imposent pas de limites de jeux et qui ne paient aucune taxe", souligne Paul De Vocht, expert et membre du Groupe de travail Internet de la Commission.

Pour arriver à ses fins, la stratégie de la Commission s’est déclinée en deux temps. D’abord, offrir une alternative attractive aux jeux illégaux, condition sine qua non pour amener les joueurs à rentrer dans le droit chemin. "Il fallait créer un marché attrayant avant de réguler", résume Peter Naessen, membre de la Comission. Elle y travaille depuis plusieurs mois en collaboration avec les sites appelés à devenir légaux. Etonnant? "Nous ne sommes pas spécialisés dans l’organisation des jeux", souligne Peter Naessen. Début 2012, elle donnera son feu vert aux sites autorisés à proposer jeux et paris en Belgique, et ce, en toute légalité.

Lorsque cette première étape aura été franchie, elle pourra alors attaquer de plein fouet les sites de jeux illégaux. D’une part, en empêchant les transferts d’argent vers des comptes appartenant à ces sites étrangers, et ce, en collaboration avec le secteur bancaire belge. Et, d’autre part, en faisant bloquer les sites illégaux, cette fois en collaboration avec les hébergeurs.

"Le joueur aura un double intérêt à s’adresser à un site légal, car il a un véritable interlocuteur. Il peut introduire des plaintes et demander réparation", explique Etienne Marique.

Et pour cause. Pour obtenir l’une de ces fameuses licences, le site Internet doit être, en effet, lié à une activité terrestre en Belgique.

Pour la licence des jeux de casinos, par exemple, le site doit être un prolongement des activtés menées dans un casino réel installé en Belgique. C’est, par exemple, le cas pour le site partouche.be, proposé par le groupe Partouche qui exploite quatre casinos en Belgique, dont ceux de Chaudfontaine et Dinant. Partouche a également dû obtenir une licence temporaire de la part de la Commission.

Même chose pour les salles de jeux qui peuvent, elles aussi, obtenir des licences pour exploiter leur créneau sur Internet. C’est, par exemple, le cas de Golden Palace qui exploite 28 salles de jeux en Belgique. Le site goldenpalace.be est d’ailleurs en ligne depuis le 1er avril.

Pour pouvoir lancer son site de paris sportifs en ligne BetFIRST, le groupe IPM (qui édite, notamment, "La Libre" et la "DH"), a dû aussi respecter cette obligation. C’est pourquoi... une librairie bruxelloise avait auparavant été équipée pour proposer des paris sportifs via BetFIRST. Mais le groupe IPM ne va pas s’arrêter là: entre 100 et 300 librairies devraient proposer à terme les paris de BetFIRST.

Cet ancrage belge n’est pas anodin. Si vous avez quelques soucis avec un site hébergé à Gibraltar, par exemple, il peut être difficile d’obtenir gains de cause. Avec les sites légaux, l’interlocuteur sera en Belgique. Surtout, il ne sera pas question de se défiler. Les serveurs de tout ce petit monde des jeux et paris en ligne seront, en effet, hébergés en Belgique. En cas de contestation ou de soupçons d’irrégularité, la Commission pourra donc avoir accès à l’historique du site concerné.

Tout cela est loin d’être anodin. La nouvelle réglementation belge va permettre d’encadrer les jeux et paris en ligne, au profit du joueur.

Reste que les paris sportifs sont parfois l’objet de manipulations. Que ce soit les organisateurs de sites de paris ou la Commission, tout le monde en est conscient. "Pour le football, une cellule spéciale a été mise en place auprès du parquet fédéral", précise Etienne Marique. "Il n’est pas possible de faire des paris sur certaines phases de jeu", explique, pour sa part, Cédric Van Kan, directeur développement chez IPM. Pas question, par exemple, de miser sur le nom du joueur qui va recevoir une carte jaune. Les manipulations seraient trop faciles. En cas de gros soupçons dans la régularité des mises, "nous nous réservons le droit d’annuler un pari", note Cédric Van Kan.

"Pour les autres sports, cette détection incombe à la Commission des jeux qui est en contact d’une manière ponctuelle avec des monitorings organisés au plan mondial. Cependant, une organisation structurée est souhaitable", souligne encore Etienne Marique.

Reste, surtout, à voir si les joueurs vont se tourner vers les sites légaux. La tendance est, en tout cas, encourageante. Plus de 50 000 joueurs se sont jusqu’à présent inscrits pour pouvoir jouer sur les sites en phase de test. BetFIRST mise, pour sa part, sur 20 000 joueurs actifs d’ici la fin 2012. "Les premières semaines du site laissent augurer que l’on atteindra facilement cet objectif fin 2012", estime Cedric Van Kan.

Le véritable test aura lieu lorsque les licences auront été formellement accordées, et que les différents sites pourront développer leurs opérations de marketing. " Lorsque les sites s’inscrivent dans le cadre légal, il y a une hausse sensible du nombre de joueurs qui rallient le marché légal", remarque ainsi le président de la Commission.

L’estimation prudente table sur quelque 150 000 joueurs fréquentant les sites légaux. Les fidèles aux jeux illégaux, pour leur part, pourront être poursuivis en justice...