Le jeune patron de Google Belgique, Thierry Geerts, ne désarme pas dans sa croisade pour l’E-commerce en Belgique. Pour lui, les acteurs belges sont à la traîne de la tendance à l’internétisation du commerce. "J’ai à cet égard un regard international lié à mon job dans un groupe comme Google. Et ce que je vois ici, c’est un "switch" vers l’économie numérique, et je vois que le Belge prend un retard considérable. Nos voisins sont bien plus rapides que nous."

Est-ce un réel problème ? "Oui, parce que le consommateur belge, lui, est adepte du commerce numérique et il achète en ligne. Alors, faites vous-même un test en recherchant un produit sur Internet, vous allez voir apparaître une page qui vous propose des vendeurs dont les trois quarts sont des entreprises internationales, des grandes comme Amazon, mais pour des produits pointus, vous allez voir apparaître des sites français, néerlandais et anglais. Là, c’est beaucoup plus inquiétant parce que, lorsque le consommateur belge achète en ligne, il achète souvent à l’étranger. Nous le voyons parce que 60 % des "adwords" que nous vendons sur la Belgique sont achetés par des sociétés étrangères Ce ratio est beaucoup plus élevé chez nous qu’à l’étranger."

Il y aurait donc un manque à gagner pour Google sur notre territoire ? Apparemment pas. Si Thierry Geerts bataille en faveur de l’E-commerce belge, il se défend d’en faire une obsession pour de basses raisons commerciales. Pourtant, Google vend de la pub sur Internet, à sa manière "Oui, mais l’argent que nous ne gagnons pas en provenance de clients belges, nous le récupérons dans les budgets de clients étrangers." Pour comprendre son argumentation, il faut avoir une idée de la manière dont fonctionne ce modèle. "Les clients achètent des mots-clés qui entraînent des annonces dédiées en rapport avec les mots recherchés par les internautes. Donc, quand vous effectuez une recherche via le moteur de recherche Google, vous voyez apparaître des publicités liées aux mots recherchés. Via ce moyen, les entreprises en ligne étrangères viennent acheter chez nous des consommateurs."

"Bref, on se demande comment donner le goût de l’E-commerce aux entreprises belges et aux PME puisqu’il n’est pas nécessaire d’être gigantesque pour s’en sortir dans ce créneau. Et notamment à l’exportation. C’est tout l’avantage des adwords puisque ces derniers permettent de capter des clients à l’étranger en achetant des mots-clés dans des langues différentes, des zones géographiques définies et même dans des créneaux horaires définis. Le prospect situé à Singapour, qui fait une recherche sur un mot en néerlandais et trouve une boutique belge qui lui fournit une information dans sa langue et le produit qu’il recherche, achètera dans une boutique en ligne belge. Et il sera livré à Singapour où personne n’y trouvera rien à redire "

Une attitude culturelle des Belges par rapport au commerce local ? "C’est une évidence chez nous : dans leur grande majorité, les clients belges, s’ils ont le choix, optent pour un achat auprès d’un commerçant en ligne belge. C’est une tendance culturelle." Il y a donc un marché naturel pour les commerçants belges ? "Certainement, mais les Belges n’en profitent pas. Et cela aussi est un trait culturel : en Belgique, on est plus des producteurs culturellement, on évalue longuement les risques et finalement on manque d’ambition, alors qu’aux Pays-Bas, la culture commerçante pousse les entrepreneurs à sauter sur les opportunités de l’E-commerce et à songer tout de suite au potentiel à l’exportation. Et puis, chez nous on considère que l’E-commerce, c’est cher, c’est risqué et c’est compliqué alors que c’est tout le contraire. Les Belges ne manquent ni de savoir-faire ni d’idées. On maîtrise les langues. Il suffit dès lors de porter cela sur une plate-forme électronique", assure encore Thierry Geerts. Et de prendre l’exemple de son épouse qui n’est pas informaticienne et qui, pourtant, a développé un petit magasin sur Internet sans devoir investir plus que quelques centaines d’euros. "On n’est pas ici dans un environnement où il faut tergiverser. Il faut agir rapidement et s’adapter ensuite. Dans deux ans, le monde aura changé C’est comme cela qu’on fonctionne chez Google, on lance et puis on apprend et on change le produit si nécessaire."