Une très récente étude menée par ICHEC-Entreprises et Dedicated Research vient d’interroger des étudiants en gestion de l’ICHEC d’une part et des cadres d’autre part sur les missions et valeurs de l’entreprise de demain et de ses dirigeants. Les résultats sont pour le moins interpellant.

A la question des missions prioritaires de l’entreprise de demain, les étudiants proposent des réponses à la fois nouvelles comme le fonctionnement pour et avec les gens et la réponse aux enjeux environnementaux en premier et deuxième choix, tout en étant plus traditionnalistes dans le troisième choix, l’assurance d’une croissance économique constante.

De manière générale, c’est sur les aspects liés à l’environnement et au développement durable que les différences se marquent le plus entre les étudiants et les cadres confirmés. Cependant, il ne s’agit en rien du raz de marée auquel d’aucuns auraient pu s’attendre, vu l’importance que prennent ces sujets dans les médias. Par ailleurs, une certaine incohérence dans les réponses démontre qu’il est encore très difficile d’intégrer l’ensemble des dimensions qu’implique une stratégie de développement durable.

Si l’on se penche sur la question des thèmes prioritaires pour les formations en gestion, le développement durable représente le 4e item sur 12 sur la liste des étudiants. La gestion d’équipe, l’innovation et la gestion des risques sont, très logiquement, plus plébiscités. Notons par contre que l’égalité des chances et la responsabilité sociétale (RSE) sont largement moins demandées. Il est très étonnant que la notion d’égalité des chances et de diversité ne soit pas associée au développement durable, idem en ce qui concerne la RSE.

A lecture de l’ensemble des résultats mais également en analysant les attentes des étudiants qui suivent la filière Gestion Durable, il apparaît clairement qu’il est essentiel d’insister sur les interactions fortes qui existent entre développement économique, social et respect de l’environnement. Plus encore, nous devons démontrer la logique systémique au sein de l’entreprise mais également entre l’entreprise et son environnement.

Trop souvent, les enjeux environnementaux (quand ce n’est pas uniquement la problématique climatique) sont dissociés des autres questions. Or pouvons-nous imaginer une société où les enjeux écologiques seraient résolus tout en laissant sans réponse les problèmes de l’intégration professionnelle des allochtones, des personnes avec un handicap ou des travailleurs plus âgés ?

Tout aussi incohérent, une entreprise peut-elle avoir une vision économique à long terme en n’intégrant pas, entre autres, les pénuries de matières premières et les changements en matière de mobilité qui s’annoncent ? C’est aussi peu sensé que cela l’était d’ignorer la globalisation de notre économie il y 30 ans.

Nous devons envisager le développement durable et son enseignement comme partie intégrante du besoin exprimé en matière de formation à l’innovation et à la gestion des risques. Pour ce faire, les futurs cadres et dirigeants doivent être capables d’intégrer ces notions tant dans la stratégie générale de l’entreprise que dans les valeurs qui la portent. Une des qualités requises pour le manager du futur qui ressort de l’étude est la capacité à donner du sens au projet de travail. C’est d’autant plus difficile s’il n’y a pas une attente, une vision commune. Il faut atteindre cela malgré la diversité des valeurs personnelles en présence.

Il est étonnant de voir dans l’étude que la gestion des risques environnementaux est considérée par tous comme l’une des cinq missions prioritaires de l’entreprise de demain, mais pas comme une valeur essentielle des hommes qui la dirigeront.

Ce dernier point implique une réflexion profonde sur les notions de sens, de valeurs et de responsabilités individuelles et collectives. Le travail de conscientisation doit donc s’intensifier à tous les niveaux. Tous les acteurs ont un rôle à jouer alors que la notion d’urgence s’intensifie.