Entretien

Pierre Alain De Smedt est président de Febiac (Fédération belge de l'industrie automobile et du cycle). Il définit les grands enjeux d'un secteur qui vit un tournant dans son évolution.

Il y a eu, en 2007, qui n'était pas une année Salon, quasiment autant d'immatriculations de voitures neuves (524 795) qu'en 2006. La barre est haute pour 2008. Parviendra-t-elle à faire encore mieux, même avec son Salon ?

C'est très difficile à dire... Concernant l'influence d'un Salon, on sait qu'environ 20 pc des ventes de l'année sont réalisées pendant sa durée. Mais ce pic est évidemment compensé dans les mois qui suivent. Ensuite, les achats dépendent de la conjoncture générale, de la confiance des ménages, des niveaux de taux d'intérêts, etc. Impossible de savoir comment cela évoluera. Dans le secteur automobile, toutefois, on est à un tournant. Les nombreuses informations concernant le réchauffement climatique et l'environnement en général, combinées à l'augmentation du prix des carburants, sont à l'origine d'un réel mouvement d'achat visant à remplacer son véhicule pour consommer moins. Les renouvellements se sont clairement accélérés dans ce sens. C'est aussi la raison du succès du diesel qui continue à gagner des parts. En 2007, il alimentait 77 pc des nouvelles voitures. On venait de 72,6 pc en 2005 et 74,5 pc en 2006.

Pour l'acheteur, économiser de l'argent, ne prime-t-il pas surprotéger la planète ?

C'est sûr que l'argument économique efface encore tous les autres, mais les gens sont de plus en plus sensibilisés et ils font parfaitement le lien entre réduction de consommation et CO2.

Les primes imaginées pour inciter à l'achat d'une voiture verte(1) font se rejoindre les deux préoccupations. Qu'en pensez-vous ?

C'est un vrai casse-tête ! Il faut absolument les simplifier et proposer un arsenal transparent afin de montrer au client comment agir pour le climat tout en faisant des économies. Maintenant que le gouvernement est en place, il faut absolument qu'il travaille en priorité à cette fiscalité verte.

Les constructeurs sont-ils prêts, de leur côté ?

Le secteur est très demandeur, oui. Il peut déjà offrir plein de choses. Mais il a été échaudé. Les premiers modèles propres se sont très mal vendus. Le consommateur doit bien comprendre qu'il n'est pas possible de faire plus propre sans faire aussi plus cher. Deux exemples : les matériaux qui permettent d'alléger une voiture (magnésium, aluminium,...) sont des composantes chères, et la dépollution du véhicule diesel a coûté en moyenne entre 500 et 700 €. Conformément à Kyoto, les constructeurs se sont engagés à faire leur part. Mais le rôle des gouvernements est également essentiel. La Belgique n'est pas la dernière, mais à la traîne quand même.

Et en matière de biocarburants ?

Avant tout, il faut repréciser l'impact réel des émissions de carburants : 95 pc du CO2 rejeté est naturel. Et la voiture est responsable de 10 pc des 5 pc restants. Cela étant, la piste des biocarburants est intéressante. Et, contrairement à ce qu'affirment certains, elle n'affame pas la planète ! Au Brésil, le président Lula a récemment précisé que 60 pc des besoins en carburant sont actuellement couverts à partir d'éthanol produit sur seulement 2 pc des terres agricoles ! Le bioethanol représente 60 pc de rejet en moins que l'essence, et le biodiesel, 70 pc. Tous les grands constructeurs proposent des modèles. C'est technologiquement plus lourd pour le diesel, mais on peut sans problème injecter 15 à 20 pc de carburant propre dans le diesel.

L'Indien Tata a présenté, cette semaine, la voiture la moins chère du monde (2 500 dollars). Vous dites que le véhicule propre est forcément plus onéreux. Bas prix et écologie sont-ils contradictoires ?

Non. Avec la Logan aussi, on a montré qu'il est possible de fabriquer une petite voiture propre et bon marché. Par ailleurs, le prix des voitures neuves a moins augmenté en dix ans que l'inflation.

Ce qui n'est pas le cas de toutes les annexes ! Pour une inflation d'environ 20,39 pc entre 1996 et 2006, on constate une augmentation de 56,56 pc des prix pratiqués dans les garages, de 49,69 pc des abonnements dépannage, de 73,36 pc de l'eurosuper, de 41,48 pc du contrôle technique, etc.

Ce qui signifie, en effet, que, malgré les efforts consacrés aux recherches technologiques, les marges réalisées par les concessionnaires sur la vente des voitures sont restées raisonnables.

Les nouvelles dispositions européennes concernant la suppression des droits de propriété sur les pièces de rechange (autrement dit, le client n'est plus limité aux pièces de marque) constituent-elles un danger ?

C'est un manque à gagner certain, car les marges sur les pièces, elles, sont importantes. Le problème c'est que, en plus des risques concernant la sécurité, il sera de plus en plus difficile pour les constructeurs d'amortir leurs coûts de développement si les consommateurs préfèrent se tourner vers les copies que vers les pièces originales... Alors oui, cette législation est dangereuse, selon nous.

(1) Elles seront détaillées dans "La Libre Belgique" du mardi 15/1/2008.