ANALYSE

La Bourse est le terrain de jeu de tout un chacun. Même les plus réticents à placer quelques cents dans un fonds investi en actions ont sans doute un pied dans ce marché, sans le savoir. Ainsi, la Bourse, considérée par beaucoup comme un marché destiné aux seuls nantis, est investie par de nombreux fonds de placement auxquels les Belges ont souscrit, souvent sans même savoir ce qu'ils contiennent. C'est sans doute le cas des fonds d'épargne-pension gérés par les banques belges. Beaucoup de Belges possèdent des parts de ces fonds qui proposent de constituer un petit capital supplémentaire à encaisser au moment de la retraite. Comme c'est le cas depuis des lustres avec les comptes d'épargne défiscalisés, mis sur pied pour favoriser l'épargne populaire, ou comme les fonds Monory-De Clercq, les fonds d'épargne-pension sont assortis d'incitants fiscaux. En l'occurrence, il s'agit pour les souscripteurs de déduire une part des capitaux investis de leurs revenus imposables. En 2002, le montant total était de 590 €. Il passe à 600 € cette année.

Pour beaucoup d'investisseurs ce dernier élément est souvent décisif, et il est d'ailleurs mis en avant par les promoteurs de ces fonds. Fortis propose même à ses clients souscripteurs de gérer les versements en les adaptant, année après année, en fonction de l'évolution des possibilités de déduction fiscale. On est loin ici d'en revenir aux fondements d'un placement, à savoir sa rentabilité finale et son potentiel.

DISCERNEMENT

Une dérive qui laisse sans voix et sans réaction les détenteurs de parts de ces fonds. Savons-nous, nous qui avons souscrit distraitement à cette proposition, ce qui dort dans notre part de ce portefeuille? Savons-nous aussi que sur les trois années écoulées, les fonds d'épargne-pension ont été victimes de la chute des marchés boursiers à hauteur et affichent des pertes de 16 à 24 pc? Nous sommes, sans le savoir, affectés par le comportement irrationnel des marchés boursiers. Et ce placement, réputé fiable et sûr, a montré ses limites sur le court terme. Certes, sur 10 ans, le rendement global est de plus de 100 pc sans tenir compte de l'avantage fiscal, fonction de la situation propre de chaque contribuable.

LE BON MOMENT?

On le voit, sur le long terme, la situation de l'investisseur est supportable. Mais que doit penser aujourd'hui l'épargnant qui a opté pour la formule il y a trois ans, alors que les marchés boursiers crevaient leurs plafonds? Dégoûté par tant d'infortune, il pourrait être tenté de quitter le navire. Or, comme nous l'a confirmé cette semaine Stefan Duchateau, administrateur délégué de KBC Asset Management, il serait opportun d'y rester. Pour quelle raison, alors que l'on n'attend pas de redémarrage boursier à long terme dans l'immédiat? Parce que la reprise, si elle se devait se manifester, serait surtout rentable en Bourse durant son premier élan. Reste dès lors à oser...

© La Libre Belgique 2003