La politique énergétique européenne est très régulièrement critiquée. Celle-ci englobe la sécurité d’approvisionnement, le prix de l’énergie et les aspects environnementaux. Alors que débute, ce lundi, la semaine de l’énergie durable, une décision importante devrait être prise par l’Azerbaïdjan. La compagnie nationale du gaz et du pétrole doit effectivement décider si elle choisit le projet de gazoduc Nabucco ou son concurrent TAP. Soutenu par l’Union européenne, Nabucco doit permettre de diminuer la dépendance de l’Europe vis-à-vis du gaz russe en s’approvisionnant en Azerbaïdjan.

Si chaque Etat membre est responsable de son mix énergétique et de sa sécurité d’approvisionnement, les objectifs environnementaux sont, eux, européens. Samuel Furfari, membre de la DG Energie de la Commission européenne, et Christian Egenhofer, responsable Energie au sein du Center for European Policy Studies, nous éclairent sur ces enjeux.

Prix de l’énergie. Le coût de l’énergie est une donnée essentielle de la compétitivité des entreprises européennes. Pour Samuel Furfari, le meilleur moyen de faire pression sur les prix est de mettre en place un véritable marché européen concurrentiel. "Les premiers textes sur l’ouverture du marché de l’électricité et du gaz ont été publiés il y a dix-sept ans", déclare-t-il. "Or, l’électricité ne circule pas librement, faute d’interconnexions suffisantes. Les Etats membres ont traîné, car ils voulaient protéger leur champion national. Actuellement, seuls un tiers des pays de l’Union européenne ont un marché de l’électricité ouvert".

Selon cet expert, d’autres éléments que le manque de concurrence expliquent la hausse du prix de l’électricité. "Le gaz a été beaucoup utilisé pour produire l’électricité, explique Samuel Furfari. Or, le gaz est indexé sur le pétrole dont le prix a explosé". Il pointe également le coût du soutien aux énergies renouvelables, que ce soit via les subsides ou le renforcement du réseau.

Sécurité d’approvisionnement. Selon Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, la dépendance énergétique de l’Europe sera supérieure à 80 % en 2035. Les entreprises et les consommateurs seront donc à la merci de leurs fournisseurs. "La sécurité d’approvisionnement concerne surtout le gaz, car on peut facilement fermer les robinets", explique Samuel Furfari. "Pour le moment, l’Europe dépend beaucoup de la Russie, de la Norvège et de l’Algérie. Il faudrait pouvoir se diversifier, via le corridor sud qui permettrait d’amener du gaz de l’Asie centrale, mais aussi en produisant du gaz de schiste".

Pour Christian Egenhofer, ce n’est pas l’approvisionnement en gaz qui pose le plus de problèmes. "Depuis 2009, il est possible de faire transiter du gaz de l’ouest vers l’est de l’Europe", déclare-t-il. "Si un pays est en difficulté, il peut donc être aidé par un autre grâce à ce système plus flexible. Cette possibilité réduit déjà fortement les moyens de pression de la Russie. Gazprom pourrait se permettre de perdre un pays baltique comme client, mais pas l’Allemagne". Selon Christian Egenhofer, c’est plutôt l’essor des énergies renouvelables qui pourrait poser des problèmes d’approvisionnement, mais au niveau de l’électricité (voir ci-dessous).

Objectifs environnementaux. "Le fait de disposer de politiques nationales en pleine transition énergétique pose de nombreux problèmes", explique Christian Egenhofer. "Chaque Etat choisit son mix énergétique sans se préoccuper des autres. Après l’accident de Fukushima, l’Allemagne a coupé ses centrales nucléaires sans même prévenir ses voisins".

Selon cet expert, l’essor des énergies renouvelables en Allemagne déstabilise le marché de l’électricité, ce qui pourrait à terme entraîner des black-out. "Quand les éoliennes tournent à plein, de l’électricité allemande à bas prix est exportée vers la Tchéquie, la Pologne et parfois les Pays-Bas", déclare Christian Egenhofer. "A cause de cette électricité subventionnée, les autres unités de production ne sont plus rentables. De nombreuses centrales aux gaz sont à l’arrêt, ce qui va entraîner des black-out quand les éoliennes produiront moins d’électricité".

Pour mieux utiliser les énergies renouvelables, Christian Egenhofer préconise de renforcer le réseau. "L’énergie hydraulique produite en Norvège pourra aller jusqu’en Espagne quand le soleil est moins généreux avec le photovoltaïque", déclare-t-il.