La nouvelle était dans l’air depuis plusieurs semaines déjà.

Johnny Thijs, ex-patron de bpost de 2002 à 2014, a été désigné président du conseil d’administration d’Electrabel, la filiale belge du groupe français Engie. Etienne Denoël, directeur émérite de la société de consultance McKinsey, rejoint également le conseil d’administration de l’énergéticien belge.

Pour mieux contribuer aux enjeux climatiques et énergétiques du pays et améliorer localement son efficacité, Engie adapte la gouvernance d’Electrabel pour la doter de plus d’ouverture et lui permettre de développer encore plus son ancrage local”, explique Engie, pour justifier ces arrivées. Et le groupe français d’ajouter: “la présence de Johnny Thijs et d’Etienne Denoël au sein des instances d’Electrabel permettra à l’entreprise d’être plus largement encore tournée vers l’extérieur et de renforcer le dialogue entre l’entreprise et ses parties prenantes. Ces deux personnalités sont complémentaires. Elles ont la volonté affirmée de renforcer le rôle d’Electrabel SA, filiale à 100% d’Engie, sans sa contribution aux enjeux climatiques et énergétiques du pays”.

Pour Johnny Thijs, cité dans le communiqué d’Engie, "le défi de l’efficacité énergétique est gigantesque”.

"Or, je suis convaincu qu’Electrabel peut permettre à ses clients belges de faire la différence et être un partenaire de référence pour permettre au pays et à ses Régions d’atteindre leurs objectifs climatiques et énergétiques. Nouvelles capacités renouvelables, mobilité, solutions adaptées pour les électro-intensifs sont quelques-uns des axes sur lesquels Electrabel comptent résolument avancer”.

On le sait, ces dernières années, les relations ont parfois été orageuses entre Paris et Bruxelles sur le délicat dossier nucléaire. Après avoir été une machine à cash dans le passé, nos centrales, dont certaines ont été indisponibles, font parfois figure de boulet aux yeux de l’actionnaire français. Et la question de la volonté d’Engie d’assumer l’ensemble de ses obligations dans la perspective de la sortie du nucléaire est régulièrement posée.

Dans ce contexte difficile, l’arrivée de Johnny Thijs à la présidence d’Engie Belgique n'est pas anodine. Elle permettra donc de renforcer l’ancrage belge du premier énergéticien du pays et servira aussi de courroie de transmission dans les futures négociations entre le groupe français et les autorités belges

L’ironie de l’histoire veut que Johnny Thijs – qui avant bpost était passé par Cote d’Or-Jacobs Suchard, Interbrew (NdlR : devenu AB InBev) et Ter Beke – a parfois eu des relations orageuses avec le gouvernement belge. L’ex-patron de bpost avait en effet décidé en décembre 2013 de claquer la porte de l’opérateur postal au lieu de postuler pour un deuxième mandat, en dépit d’un très bon bilan et de bonnes relations avec les organisations syndicales.

A l’époque, Johnny Thijs avait évoqué “un manque de soutien de l’actionnaire majoritaire”. En délicatesse avec le ministre des Entreprises publiques de l’époque, Jean-Pascal Labille (PS), le patron n’avait pas supporté le seuil de 290 000 euros imposé par le gouvernement pour les rémunérations annuelles des CEO des entreprises publiques. Très loin du million d’euros qu’il touchait alors… Il en avait gardé une certaine rancœur vis-à-vis du monde politique belge.

Ces dernières années, Johnny Thijs n’occupait plus de fonctions opérationnelles mais différents mandats d’administrateur dans des sociétés cotées. S’il arrive à la présidence d’Engie Belgique, ce n’est certainement pas pour faire de la figuration. Ce n’est pas le genre de la maison…