Mercredi, au terme de la deuxième journée du procès Lernout & Hauspie devant la cour d'appel de Gand, ils étaient encore plusieurs centaines d'anciens actionnaires de l'entreprise yproise à s'être constitués partie civile. On dépasse donc largement le nombre de 1 000. Un chiffre impressionnant. Visiblement, de nombreuses personnes s'estimant dupées ont afflué mercredi au Palais des Congrès spécialement aménagé en tribunal après avoir réalisé, grâce aux différents reportages dans les médias, qu'il n'était pas trop tard pour agir.

Et aussi incroyable que cela puisse être, tout cela se passe dans le plus grand calme. Les épargnants se saluent de temps à autre, échangent parfois quelques conseils et remplissent consciencieusement leurs papiers avant de faire la file pour les déposer aux greffes.

Ils doivent notamment indiquer à qui ils demandent des indemnisations. En général, les 21 inculpés sont désignés. Parmi cette foule venue nombreuse, il y a des jeunes aux cheveux longs, des moins jeunes en costume cravate, des dames aux allures très BCBG, beaucoup de personnes parlant le néerlandais mais aussi quelques Francophones.

Pas d'énervement

Quant aux avocats, ils patientent et regardent ce qui se passe parfois avec un air ébahi comme Maître Christian Van Buggenhout, l'avocat de Deminor et Test-Achats (qui représentent 13 368 actionnaires lésés), lequel n'a pas l'air de comprendre comment cela se fait qu'il n'y ait pas le moindre énervement ou découragement. Il se montre d'autant plus perplexe qu'on ne dit pas assez, selon lui, que ce n'est pas parce que le dossier de chaque épargnant est retenu qu'il sera jugé recevable.

Ce n'est que l'après-midi que certaines parties inculpées ont fait valoir leurs arguments.

Seule banque inculpée, Dexia est, comme prévu, sortie du bois. Ses conseils ont confronté la cour d'appel à une série d'objections relatives à l'instruction.

La banque "estime que ses droits à un procès honnête ont été gravement violés. C'est pourquoi elle demande à la cour d'appel, par la voix de ses conseils, de déclarer la nullité de l'assignation, et l'action dont elle fait l'objet, irrecevable" , souligne le communiqué publié hier en fin de journée.

Dexia Banque fait de nombreuses remarques concernant la manière dont l'instruction préparatoire à ce procès a été menée. Notamment, le " privilège de juridiction" (le procès a lieu directement devant la cour d'appel de Gand et non devant le tribunal de première instance) "et interprétation de celui-ci se sont faits au détriment des parties assignées" .

"Demande légitime"

" La demande légitime de Dexia Banque de faire exécuter les actes d'instruction complémentaires par le juge d'instruction est également ignorée. Par la fixation arbitraire de la date de début du procès, tant le juge d'instruction que la Chambre des mises en accusation - auprès de laquelle Dexia Banque a interjeté appel - sont écartés de la procédure", poursuit le communiqué.

Défendue par 7 avocats, Dexia Banque estime donc qu'elle doit tirer la "sonnette d'alarme juridique" tout en se défendant de vouloir ralentir ou compliquer le procès.

Avant cela, d'autres parties inculpées avaient plaidé le non-respect des droits de la défense et ainsi la suspension du procès.

Une demande du même ordre qui avait été formulée lundi notamment par l'avocat de Philip Vermeulen (ex-dirigeant de FLV Fund) a été rejetée hier par le président de la cour d'appel.

La prochaine audience, qui sera certainement consacrée aux problèmes de procédure, est fixée à mercredi prochain.