Le monde de l’immobilier professionnel est petit. Si on y repère aisément Peter Wilhelm, le CEO de la société de développement Wilhelm & Co qu’il a fondée en 1988, ce n’est pas parce qu’il est grand - ce qu’il est pourtant. Pas non plus parce qu’il fait du bruit - il n’en fait d’ailleurs pas, à l’inverse de ses réalisations. Ni encore parce qu’il serait de toutes les sorties. Au contraire, il se sent bien mieux dans ses bureaux - d’autant que ceux-ci sont "verts" - ou derrière les maquettes des ses projets présentées au Mipim ou au Mapic. "Je ne suis pas mondain" , dit-il, comme pour se caractériser. Si on le repère, c’est qu’il est atypique, comme le sont l’Esplanade à Louvain-la-Neuve et la Médiacité à Liège, les derniers produits qu’il a développés, multifonctionnels, à l’échelle d’un quartier.

À l’écouter parler, on se rend compte que sa singularité tient à de "heureux hasards". "Il faut de la chance dans la vie, qu’on peut saisir, orienter", précise-t-il. Hasard d’être né de parents hongrois, intellectuels, cosmopolites.. "J’aime la beauté, dit-il en y faisant référence. J’aime trouver un plaisir intellectuel dans ce que je fais." Hasard qu’ils aient émigrés après-guerre, en Grande-Bretagne d’abord, où il est né, en Belgique ensuite. "J’ai un passeport britannique, mais il y a un an, j’ai demandé et obtenu la nationalité belge. Parce que je trouvais que ce pays m’a beaucoup donné". Hasard d’avoir fait ses primaires à l’école "avant-gardiste" Hamaide (à comparer avec une Decroly), dont il gardera, outre des condisciples (des "Hamaidiens"), une capacité à s’exprimer et sans doute la volonté de monter son entreprise. Ce qu’il fera à 23 ans, muni d’une candidature en Sciences Eco.

"Une opportunité s’est présentée et comme mes études ne me passionnaient pas..., explique-t-il. J’ai eu l’occasion de participer à la construction de l’université de Libreville au Gabon. Avec un partenaire français, j’ai enlevé le marché d’ensemblier en équipements. Mais il me fallait le préfinancer, faire un tour de table. Le nom de mon grand-père m’a entrouvert des portes, notamment auprès d’un groupe de familles industrielles. Mais il fallait les convaincre." Et c’est à lui seul que revient le mérite d’avoir su les garder 25 ans, parfois même de père en fils.

De ses partenaires financiers - hasard encore - Peter Wilhelm empruntera beaucoup plus que de l’argent : un intérêt pour l’immobilier et une manière très anglo-saxonne de se rétribuer. "J’ai commencé à diriger pour eux des opérations dans lesquelles j’avais un petit intérêt financier." Une méthode qu’il met en place aujourd’hui dans sa propre société, en ouvrant le capital à certains de ses collaborateurs ou en leur offrant une participation aux résultats. "Il m’importe d’assurer la pérennité de l’entreprise car c’est une équipe formidable."

Retour au milieu des années 70. Avec ses partenaires financiers, Peter Wilhelm a fait de tout presque partout. Une galerie commerciale à Beverly Hills (il a vécu 5 ans aux Etats-Unis). Des bureaux près de Paris et Londres. Des palais au Moyen-Orient. Des maisons préfabriquées après un tremblement de terre en Italie. L’occasion d’apprendre les multiples facettes du métier de gestionnaire d’opération. "Mais également le raisonnement des investisseurs qui voient à long terme."

C’est sans doute cela qui l’incitera à garder seul le projet de Louvain-la-Neuve. En 2000, en effet, alors qu’il y travaille depuis 5 ans, ses partenaires le lâchent. "Mais plus qu’élégamment." D’autres financiers s’y substitueront qui se nomment Depfa Bank (devenue Areal Bank) pour L’Esplanade et KBC pour la Médiacité. On parle en effet de plus de 300 millions chacun. "J’étais seul à bord, mais j’appartenais à mes banquiers", dit-il encore avant d’ajouter, dans la foulée: "Je ne suis pas joueur. L’argent n’est pas un but en soi". Même s’il sait très bien qu’on dit de lui qu’il est "le plus mégalo des promoteurs belges". Il faut reconnaître que les 700 000m² à son actif, bâtis ou en projet, sont répartis en à peine 5 sites. Atypique !

"J’ai trouvé LLN parce que je cherchais un site qui me permettrait de faire le métier d’aménageur, qui à l’époque n’existait pas en Belgique, et de l’ancrer dans un domaine fort oublié, le commerce. Un domaine qui impose de faire du contenant et, surtout, du contenu. Mais je n’avais pas prévu qu’il serait aussi grand (300 000m² et on parle déjà d’une extension, Ndlr) et exigerait autant d’années. Ni que cette expérience passionnante, que je pensais ne pouvoir faire qu’une fois dans ma vie, se reproduirait", faisant référence à la Médiacité de Liège (160 000 m²) et à la future réaffectation du site Boch à la Louvière (170000 m²), mais encore aux projets qu’il mène au Portugal (Obidos), en France (Valence), en Europe centrale et bientôt en Italie. Le virus des voyages l’aurait-il repris ?