CORRESPONDANT PERMANENT À PARIS

Vingt ans. Depuis vingt ans, la droite française n'en finit plus de tourner et de retourner autour de l'impôt sur la fortune (ISF), rêvant de l'abroger sans pour autant oser s'y attaquer de front, rôdant donc, frustrée et à pas de loup, autour de lui, réduite aux ballons d'essais ou aux reculades cacophoniques. Lundi midi encore, le Premier ministre Villepin a dû préciser qu'une réforme de l'ISF n'était «pas à l'ordre du jour», recadrant le ministre des Finances Thierry Breton qui, le matin même, avait annoncé «l'évaluation» avant «la fin de l'année» des «inconvénients» d'un «impôt désormais coûteux et qui peut être dangereux sur le plan économique».

Ce faisant, Thierry Breton avait ravi le patronat, une bonne partie de son gouvernement -dont le ministre des PME Renaud Dutreil, qui rebaptisa un jour l'ISF l' «Incitation à Sortir de France»- et un gros tiers de sa majorité: parlementaires gaullistes, centristes ou libéraux qui bataillent sans relâche pour la réforme voire l'abandon de cette taxation et qui, la semaine dernière encore, s'étaient vainement opposés au gouvernement sur une moindre prise en compte du patrimoine immobilier dans le calcul de l'assujettissement à cet impôt.

Car, en effet, tout comme la non-réévaluation pendant des années du barème de cet impôt, la flambée des prix de la brique a fait exploser le nombre de foyers assujettis à l'ISF, passé de 180000 à la fin des années 90 à 340000 en 2004. Dans certaines régions très prisées pour les résidences secondaires, comme l'île de Ré, cet impôt frappe même désormais des seniors qui ne sont que de très virtuels millionnaires, ne paient parfois pas l'impôt sur le revenu et sont obligés de revendre leur patrimoine ou de se défaire des économies de toute une vie pour acquitter l'ISF.

Dominique de Villepin va toutefois prudemment encommissionner le sujet. Il veut d'autant moins ostensiblement alléger l'ISF que, ce faisant, son prédécesseur Raffarin a cassé son image en 2003. Le chef de l'Etat lui-même est prudentissime sur la question, convaincu que la suppression de l'impôt sur les grandes fortunes, lorsqu'il était à Matignon, lui a coûté les présidentielles de 1988. Les sarkozystes, eux, sont beaucoup plus en pointe sur ce dossier, estimant que l'ISF ne doit «plus être un impôt tabou». Ce qui ne facilite guère le consensus.

© La Libre Belgique 2005