Michael Hüther est directeur de l’institut économique patronal IW de Cologne. Nous l’avons rencontré.

Lors d’une précédente interview en mai dernier (“La Libre Belgique” du 30 mai 2012) vous aviez souligné le rôle de locomotive économique de l’Allemagne dans la zone euro. Or, la croissance allemande s’est ralentie. Qu’attendez-vous pour 2013 ?

Les structures de base de l’évolution économique en Europe ne changeront pas : dans les pays de la périphérie et en France la situation restera faible, dans le centre de l’Europe, en Allemagne, elle restera forte. Cela malgré un petit creux conjoncturel en Allemagne fin 2012 et début 2013. La zone euro dans son ensemble restera en récession. L’Allemagne affichera une croissance de 0,7 % en 2013 contre 1 % en 2012. Cela montre que l’Allemagne subit également la faiblesse des pays environnants, mais sa force exportatrice reposant sur l’industrie et la demande intérieure robuste lui permettront de bien traverser l’année prochaine.

Et l’Allemagne restera-t-elle la locomotive ?

Oui, son industrie compétitive lui permet de transférer vers l’Europe des ressources du marché mondial. Grâce aux préproduits qu’elle importe des autres pays européens, l’Allemagne leur transmet ces impulsions.

Comment évolueront les échanges commerciaux ?

Les exportations allemandes devraient progresser de 4 % en 2013, un peu plus que les 3 % de 2012, et les importations augmenteront également de 4 % contre 2,5 % en 2012. La demande intérieure est en hausse de 1 % tant en 2012 qu’en 2013.

Quand la conjoncture va-t-elle redémarrer en Allemagne ?

Au deuxième trimestre, elle reprendra de l’allure; alors la situation sera de nouveau satisfaisante et robuste. Les indicateurs mesurant le climat conjoncturel sont positifs et montrent que les entreprises recommencent à regarder vers le haut. Dans la zone euro la conjoncture restera faible en 2013, mais en fin d’année les pays en crise auront atteint le creux de la vague.

Où se situeront les investissements des entreprises et la consommation ?

Après avoir baissé de 2 % en 2012, les investissements des entreprises devraient hausser de 1,25 % en 2013. L’évolution de la consommation dépend en priorité du marché du travail : le nombre d’employés va continuer à augmenter légèrement et le taux de chômage restera inchangé à 6,5 %. Les hausses salariales resteront conformes à la situation de l’emploi et progresseront autant qu’en 2012.

Il y a un an, il y avait eu dans la zone euro une accalmie trompeuse. Cela peut-il se reproduire ? Le cas de la Grèce est-il réglé ? Et que se passera-t-il en Espagne, Italie, etc. ?

Le problème de la Grèce va encore nous occuper longtemps, puisqu’il n’y va pas seulement du déficit budgétaire. La société grecque est en crise et il y a une défaillance des élites. Les dernières décisions du Conseil européen ont ramené le calme, mais la Grèce a encore une tâche gigantesque devant elle. Dans les autres pays, les améliorations structurelles vont bon train et les coûts salariaux sont en baisse. Leur compétitivité s’améliore. Les balances des opérations courantes de l’Allemagne et de ces pays sont maintenant à peu près en équilibre.

Le gouvernement français a-t-il pris un tournant convaincant vers un plus grand réalisme dans la politique économique ?

En France, il ne s’est pas encore passé grand-chose. Le président François Hollande n’a pas encore de vraie politique économique. Il n’ose pas mettre de côté ses promesses électorales et préparer les réformes nécessaires. Il n’est pas énergique. Si la France ne cherche pas à améliorer sa compétitivité, la zone euro aura des problèmes.

La Belgique et le Luxembourg sont les derniers pays européens à avoir une indexation des salaires. Il y a un débat sans fin sur sa suppression. Qu’en pensez-vous ?

L’indexation salariale est un anachronisme. Il faut augmenter les salaires en conformité avec l’évolution du marché du travail et de la productivité. Il ne peut pas y avoir d’automatisme.