Sus à la sinistrose ? Il y a de ça, dans l'assemblée générale du coup un peu... particulière qu'a tenue lundi la Fédération des Industries chimiques, la Fedichem, section Wallonie. Il fallait l'oser, sous le coup du départ pour les Etats-Unis du laboratoire fleuron d'Eli Lilly à Mont-Saint-Guibert !

Un consultant (directeur chez Arthur D. Little), Edouard Croufer, donne le ton, quitte à grossir le trait : "Bhopal était très productif en Inde mais a détruit toute une industrie ! Le cas est extrême, mais le fait est que nos compétiteurs en Asie n'ont pas encore le degré d'excellence que nous avons mis 150 ans à développer". Bien sûr, nous avons nos faiblesses; "mais les coûts de main-d'oeuvre et de capital vont évoluer aussi dans les pays émergents. Si d'ici là, nous tirons le maximum de nos avantages, on aura fait un grand pas dans la concurrence entre continents". Concrètement ? L'industrie européenne "dont la wallonne" peut "rester compétitive", résume l'expert, à condition d'adopter une culture "de gagnant" (d'autres diront : "de risque" ou "d'entreprise") et de se focaliser sur des situations innovantes : exploiter les intégrations et synergies en "clusters" et pôles, créer des réseaux logistiques performants, nouer des partenariats internationaux, développer un environnement scientifique (formation, etc.) de qualité.

Tout de même, le débat amène des tonalités plus sombres - ou réalistes ? Directeur chez GSK Biological, Pascal Lizin évoque des "difficultés particulières" en Wallonie. Ainsi la croissance y est-elle plus négligeable encore pour certains produits qu'en Europe de l'Ouest, rapporte le directeur "plastiques" de Solvay, Jacques van Rijckevorsel : leur site (en extension) de Jemeppe écoule 5 pc de sa fabrication en Wallonie... On convient aussi, généralement, qu'au mieux l'industrie chimique confortera ses unités de production et labos pharmaceutiques : il ne faut pas espérer de nouvelle implantation.

N'empêche, on ne se départit pas d'un "relatif optimisme". Témoin, rayon PME, Francis Blake, directeur à Imperbel, qui donne ce "truc" : "offrir aux clients ce qu'ils ne savent pas encore qu'ils veulent". Nanti d'une nouvelle cote flatteuse pour le plan Marshall, le ministre Jean-Claude Marcourt ne peut que renchérir : "Rien n'est inéluctable".

Tant mieux : serait-ce à vitalité variable entre les sciences du vivant et la chimie plus lourde, le secteur pèse 200 entreprises en Wallonie, 50 pc de sa recherche privée, 20 000 emplois directs et 40 000 indirects, un chiffre d'affaires de 9 milliards en 2005 - dont 25 pc en valeur ajoutée.

© La Libre Belgique 2006